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24/03/2009

L'auto-autodafé de l'écrivain glandeur

sisyphe-autoautodafé.jpgStanislas avait attendu si longtemps, courant après du vent, fuyant après sa vie. Quelques brisures d'enfance avaient laissé dans son âme des embûches et sa paresse n'avait rien arrangé. Il n'avait rien écrit. Son rêve d'écriture, son rêve d'écrivain, cachés en lui, dans l'ombre, dormaient à fleur de peau.

Puis un matin, en regardant sa montre, il a fini par s'y mettre. Il a pris sa plume rouilleuse, son beau papier jauni, et il est devenu écrivain. Oh, il n'a écrit qu'un seul manuscrit, bien court, en se calant sur l'épaisseur du "Joueur d'échecs" de Stefan ZWEIG. Mais il l'a travaillé comme le laboureur grattait le fonds pour ses enfants, et comme ses enfants l'avaient aussi gratté, candides et avides. Et là, c'était fini, son grimoire était bien rangé sur la table, en 19 copies. Une pour chaque éditeur.

Et Stanislas eut alors quelques pensées de trop.

Il avait traîné sa vie médiocre entre peur et renoncement, et rien n'allait subsister derrière lui.

Il s'apprêtait maintenant à rejoindre le troupeau des plumitifs anxieux. Il s'attendait à 19 refus, polis et calibrés, qui s'assembleraient en origami de pierre tombale, et il retournerait ensuite à son néant.

Stanislas vit son image dans le miroir verdâtre. Son vieux visage.

Il prit alors ses petites piles de papier et en garnit précautionneusement le foyer de sa cheminée marbrée. Ses yeux semblaient briller d'émotion mais la chaleur était seule en cause. Il vida l'encre violette dans l'évier, brisa sa plume et attendit sa fin. Mais le roman de sa vie était un peu plus long que le fantôme de son manuscrit. Il vécut encore vingt ans, en marmonnant et urinant sous lui.

Et Stanislas n'eut même plus assez d'esprit pour écrire son épitaphe.

12/12/2008

Temps

Deux frères jumeaux, âgés de 30 ans, durent un jour se résigner à disjoindre leurs destinées.

L'un d'entre eux venait d'obtenir le titre d'astronaute et allait partir en voyage au travers d'une portion de la galaxie, à une vitesse proche de celle de la lumière.

L'aîné, Ulysse, prit donc les commandes du vaisseau co-piloté par HAL et NONO, alors que Gérard continua son existence terrestre, à cultiver ses OGM bénéfiques, "c'est-sans-danger".

Alors que Gérard approchait de ses 90 ans, cultivant ses cactus d'appartement, en voyant un vol d'hirondelles, il entendit à la radio que la navette était de retour de l'espace.

Quelques jours plus tard, eurent lieu d'émouvantes retrouvailles entre les deux frères jumeaux.

Gérard, courbé par l'âge, embrassa Ulysse qui n'avait vieilli que de trois mois, au lieu des 60 ans de son monozygote.

Les scientiques s'interrogèrent sur les raisons de cette jouvencéité conservée par Ulysse.

Le professeur Jeleuvaubien envisagea que le voyageur avait abusé de crèmes anti-rides.

Le professeur Allègre déclara que cela était dû à l'absence de réchauffement de la planète.

Enfin, le professeur Ztnerol déclara que l'absence de vieillissement d'Ulysse, 31 ans bientôt, provenait du simple fait que le temps est relatif.

Pendant ce temps, le professeur Jhallucine, qui avait abusé ce soir là de vodka bon-marché, se dit que Ztnerol confondait le temps et la mesure du temps, et que si Ulysse avait certes l'apparence d'un jeune homme, le temps s'était écoulé pour lui de la même manière que pour Gérard, mais que, par la grâce de sa vitesse, tous les atomes de son corps et tous ceux du vaisseau avaient vu leur fontionnement interne ralentir, comme une roue de voiture ralentit sa rotation lorsque le frein plaque ses plaquettes.

Mais il est vrai que les mystiques avaient gagné sur tous les terrains, y compris sur celui de la physique nucléaire, et qu'il fallait que l'univers ait un début, et donc que le temps ne soit pas absolu. Tout comme il fallait un début et un néant originel.

Le médiocre ralentissement des mécanismes structurels des objets constituait donc, pour eux, la preuve que le temps était relatif.

Le vieux professeur Jhallucine pris ce soir là son automobile, et il eut malheureusement un instant de retard pour réagir au passage d'un sanglier. Le véhicule fit une embardée et le professeur perdit la vie.

La vodka avait fortement relativisé son temps de réaction.

Pendant ce temps, Gérard racontait sa vie à Ulysse.

Pour Ulysse, le récit fut plus rapide.

 
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