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28/12/2009

Michel Houellebecq et le mécanicien quantique

Sisyphe-Mustang.jpgAu volant de sa vieille Mustang, Michel Houellebecq traversait les paysages grandioses du Nevada, alors que la nuit s'avançait, ténébreuse et sans lune.

Sous la lueur tremblante des phares, barbouillés de moucherons, un motel se dessina au milieu d'un quelque part méritant d'y séjourner jusqu'à l'aube.

Quand les doigts de Michel mirent à l'horizontale la clef du neiman, dans la fente afférente, le bruit épouvantable du moteur fit place à un silence mérité. L'écrivain, fatigué, écarquillait les yeux pour apercevoir un gros bonhomme en salopette cambouinée, se rapprochant du véhicule poussiéreux.

L'homme de lettres expliqua alors au technicien négligé que le bolide présentait quelques anomalies mécaniques, et méritait un examen attentif.

Puis il entra dans le motel.

Le mécanicien aperçut sur le siège du passager avant, à la place du mort, trois ouvrages aux titres français:

"Ma vie, mon oeuvre" , de Marc-Edouard Nabe 

"Benjamine Constant" , de Max Planck

"Le guide des bonnes manières" , d'Iggy Pop

Cela le fit sourire. Il lisait le français dans le texte et entre les lignes, né d'une mère française, exilée à San Francisco à l'époque des maisons bleues. Par ailleurs, John, de son prénom, avait acquis un diplôme en mécanique quantique au LEP de Carson-les-Gonesse, Nevada, et connaissait de ce fait l'oeuvre de Nabe, fervent défenseur de la relativité restreinte, et nécessaire opposant à la cause quantique.

Tout en démontant le delco, il se demandait pourquoi un lecteur de Planck pouvait encore conserver les brûlots de Marc-Edouard. 

"Encore une incertitude heisenbergienne" , se dit-il en vérifiant les bougies dont les écarts type n'expliquaient pas le dérèglement du moteur.

Il découvrit que le dysfonctionnement était né d'une absence de commutateur. Il remit donc en place le cable de superposition afin de supprimer cette décohérence entre les six cylindres.

Le lendemain matin, Michel Houellebecq reprit le volant d'une Mustang remise sur pattes et poursuivit sa route vers l'Ouest, sans s'apercevoir qu'il manquait un livre sur le siège, à sa droite.

Le soleil brillait et la radio passait "Playa Blanca".

Le moteur ronronnait au milieu du désert.

Tout allait bien.

12/12/2008

Temps

Deux frères jumeaux, âgés de 30 ans, durent un jour se résigner à disjoindre leurs destinées.

L'un d'entre eux venait d'obtenir le titre d'astronaute et allait partir en voyage au travers d'une portion de la galaxie, à une vitesse proche de celle de la lumière.

L'aîné, Ulysse, prit donc les commandes du vaisseau co-piloté par HAL et NONO, alors que Gérard continua son existence terrestre, à cultiver ses OGM bénéfiques, "c'est-sans-danger".

Alors que Gérard approchait de ses 90 ans, cultivant ses cactus d'appartement, en voyant un vol d'hirondelles, il entendit à la radio que la navette était de retour de l'espace.

Quelques jours plus tard, eurent lieu d'émouvantes retrouvailles entre les deux frères jumeaux.

Gérard, courbé par l'âge, embrassa Ulysse qui n'avait vieilli que de trois mois, au lieu des 60 ans de son monozygote.

Les scientiques s'interrogèrent sur les raisons de cette jouvencéité conservée par Ulysse.

Le professeur Jeleuvaubien envisagea que le voyageur avait abusé de crèmes anti-rides.

Le professeur Allègre déclara que cela était dû à l'absence de réchauffement de la planète.

Enfin, le professeur Ztnerol déclara que l'absence de vieillissement d'Ulysse, 31 ans bientôt, provenait du simple fait que le temps est relatif.

Pendant ce temps, le professeur Jhallucine, qui avait abusé ce soir là de vodka bon-marché, se dit que Ztnerol confondait le temps et la mesure du temps, et que si Ulysse avait certes l'apparence d'un jeune homme, le temps s'était écoulé pour lui de la même manière que pour Gérard, mais que, par la grâce de sa vitesse, tous les atomes de son corps et tous ceux du vaisseau avaient vu leur fontionnement interne ralentir, comme une roue de voiture ralentit sa rotation lorsque le frein plaque ses plaquettes.

Mais il est vrai que les mystiques avaient gagné sur tous les terrains, y compris sur celui de la physique nucléaire, et qu'il fallait que l'univers ait un début, et donc que le temps ne soit pas absolu. Tout comme il fallait un début et un néant originel.

Le médiocre ralentissement des mécanismes structurels des objets constituait donc, pour eux, la preuve que le temps était relatif.

Le vieux professeur Jhallucine pris ce soir là son automobile, et il eut malheureusement un instant de retard pour réagir au passage d'un sanglier. Le véhicule fit une embardée et le professeur perdit la vie.

La vodka avait fortement relativisé son temps de réaction.

Pendant ce temps, Gérard racontait sa vie à Ulysse.

Pour Ulysse, le récit fut plus rapide.

 
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