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31/07/2009

Une est-indienne, les yeux dans les seins

sisyphe-duchamp-echecs.jpgLa jeune GMI russe s'installa tranquillement face à moi, le sourire neutre suspendu aux lèvres et le regard déterminé. Le mien, de regard, bascula très vite sur son décolleté plongeant, technique éprouvée de détournement d'attention échiquéenne.

Le système suisse avait du bon et me permettait d'affronter une joueuse de très haut niveau, avant d'aborder des parties à l'esprit beaucoup plus mazétien.

J'avais les blancs, et les seins de la belle Moscovite frôlaient la ligne 8, à l'arrière du front noir.

Perturbé, j'attaquais d'un c4 inattendu alors que le pion dame était mon habituel réflexe. Un Cf6 me permit de me récupérer et de revenir en quelques clics de pendule vers une est-indienne où j'excellais d'ordinaire dans des attaques sacrifielles sur les colonnes G et H.

Cette ouverture, analysée du côté blanc, est la plus sensuelle, la plus sulfureuse, la plus féminine qui soit.

Vladimirova fut rejointe en arrière plan par deux de ses copines, joueuses et MI, estivalement vêtues, à l'instar de ma belle adversaire.

Je ne vis même pas que Kortchnoï et Tal, déjà bien fatigué, palabraient et trinquaient ensemble, un peu plus loin, au bar improvisé de ce gymnase corse. Ces deux hommes étaient mes idoles et j'appréciais leur courage et leur combattivité. Mais ce jour-là, mes yeux étaient perdus dans la vallée des poupées russelliennes.

La chaleur était étouffante et la climatisation archaïque de ce début des années 80 ne permettait décidément pas de survivre aux blitz intensifs.

Je ne pus jamais mener d'attaque et mon roque explosa au 19ème coup. Ma patience à perdre le plus tardivement possible imposa un mat mais ne justifia l'octroi d'aucun souffle d'estime de la part de mon adversaire victorieuse. Celle-ci m'oublia aussi vite qu'elle avait échangé son cavalier contre ma pauvre dame blanche.

Je terminais ce tournoi semi-rapide avec un gambit-dame poussif et quelques françaises déséquilibrées.

Plus tard, bien plus tard, Almira SKRIPCHENKO me mit, elle aussi, la pâtée, mais c'était par écrans webiens interposés et sans voir l'adversaire.

Les temps avaient changés, et j'osais désormais pousser e4.

Ma dévotion au pion dame avait disparue.

 

 
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