Avertir le modérateur

18/01/2010

Eric Zemmour, une enfance tumultueuse à Bâton-Rouge (USA)

sisyphe-zemmour.jpgLe journaliste Eric Zemmour est né à Montréal, au Canada, dans le faubourg de Saint-Denis, mais a passé l'essentiel de son enfance à Bâton-Rouge, en Louisiane, après que son père ambulancier ait décidé de prendre l'exil avec de nombreux Acadiens.

Eric avait huit soeurs, toutes plus jeunes que lui, et devint à l'âge de huit ans le chef de famille quand son père, contraint de travailler à la Nouvelle Orléans, ne rentrait plus qu'un week-end sur deux au domicile familial. Exaspéré pas la ribambelle, Eric imposa son autorité de mâle dominant pour dompter ce troupeau féminin qui piaillait généralement pour un rien.

Bon élève, opiniâtre, mais souvent puni pour avoir tenu tête à ses professeurs, notamment lors des exposés sur le capitalisme, sur le communisme ou sur le féminisme. Son comportement insolent et rebelle ne l'empêchait pas de truster les bonnes notes et les prix d'excellence.

Eric Zemmour était, par ailleurs, un véritable meneur dans la cour de récréation. Il avait sa bande de gros bras: Jo dit "Front Bas" dont le front était balafré depuis qu'un tesson de bouteille avait frôlé son visage lors d'une bagarre au sortir de l'école. Il y avait aussi Mariani, un rital sec aux petits yeux brillants, James dit "le Dandy Rouge" et connu pour être le fils de communistes inscrits sur une liste noire, et enfin "Matcho", un mexicain brun et nerveux.

La bande de Zemmour semait la terreur parmi les autres élèves, prenant à partie les petites filles qui avaient le malheur de jouer aux billes ou à tout autre jeu de garçon, puis, plus tard, harcelant les pré-adolescents qui tardaient à muer, qui n'affirmaient pas suffisamment leur virilité. Eric était très exigeant en matière d'éthique et donnait son avis sur tout. Le directeur de l'école en avait parfois des bouffées de chaleur mais ne disait rien compte tenu des résultats brillants de ce gamin surdoué. Il avait supporté les réflexions de ce dernier sur le choix de la peinture des bancs, sur l'organisation de la bibliothèque, sur les chants de chorale, sur la tenue des surveillants, sur le contenu des discours de rentrée et sur tous les détails quotidiens de la vie scolaire.

Aussi, quand Eric Zemmour quitta la Louisiane pour émigrer en France, un pot fut organisé dans la salle des professeurs où le champagne fit un peu oublier ces années difficiles où seuls les anxiolytiques permettaient de tenir.

Certains, sans doute rancuniers, émirent quelques doutes sur la réalité de l'enfance d'Eric Zemmour.

Eric Zemmour était sans doute entré trop tôt dans la peau d'un adulte.

Et, qui plus est, dans la peau d'un adulte sérieux.

19/07/2009

Des camps d'entraînement aux portes de Paris, pour les futurs Parisiens

sisyphe-parisiennes.jpgLa Haute Autorité des Moeurs Parisiennes (HAMP) a créé et installé, dans la plus grande discrétion, plusieurs camps d'entraînement, aux portes de Paris. Ils ont pour vocation à former les futurs Parisiens, nouveaux arrivants, à l'Esprit et aux coutumes de la capitale.

Des formateurs de haut calibre y dispensent une semaine de formation obligatoire pour toute personne qui vient s'installer intra muros à titre définitif.

Le premier jour est destiné à rééduquer le regard. Les élèves apprennent progressivement à éviter totalement le regard des autres. Le mépris et l'indifférence permettent ainsi d'accroître le sentiment d'être supérieur, seul au monde et top-cocoon, à l'instar des vaches laitières qui se contentent de brouter leur maïs transgénique en gardant leurs gros yeux globuleux dans le vague de leur étable. Seuls les individus atteints du syndrome d'abandon, du talent de portraitiste ou de l'art millénaire de l'extorsion, se permettront encore de fixer leurs concitoyens dans le blanc des yeux. Les autres traverseront la ville en regardant tout ce qui n'est pas humain et rentreront le soir chez eux sans avoir imprégné sur leur rétine un quelconque visage, en dehors, le soir à la télévision, de ceux des intellos de l'émission "Secret Story".

Le deuxième jour est presque entièrement consacré à l'apprentissage de l'audition. Les élèves apprennent à vivre avec des casques audio pour user leurs tympans sur leurs musiques préférées (de Britney Spears à Bartok, en passant par Miley Cyrus et Django Reinhardt). Ils éviteront ainsi d'entendre le cadre supérieur qui partage leur espace de trottoir beugler sur son mobile qu'il a tout compris de la crise et qu'il va pouvoir dénoncer certains collègues au DRH afin de licencier plus pour augmenter les stocks options de son patron notateur. Ils éviteront surtout d'entendre la jeune-fille au fond du wagon se faire violer ou le SDF gesticuler dans les eaux froides de la Seine en criant désespérément à l'aide dans une langue exotique. La musique adoucit les moeurs et évite parfois de perdre son temps.

A l'aube du troisième jour, le candidat Parigot se penche sur l'épineuse question de la politesse. Il apprend en premier lieu à gagner du temps en évitant de prononcer des formules creuses du type "S'il vous plaît", "merci" ou "bonjour". Ne délivrer aucune marque de politesse permet d'être respecté, d'éviter de passer pour un gentil, un couillon, un Schpountz ou un vulgaire benêt. Il faut adopter un phrasé court et sec et user d'une intonation méprisante et suffisante. Cela suffit pour les quelques échanges verbaux malheureusement encore nécessaires, en l'état actuel du développement de la robotique. De même, les futurs piétons doivent apprendre à se jeter en masse devant les voitures qui voulaient passer au vert, après un quart d'heure de feu rouge, et les entrants du métro doivent connaître le système du forcing et des coups d'épaules pour entrer dans la rame, d'où tentent vainement de s'échapper ceux qui espéraient sortir à cette station. Les futurs barmans, et les futures vendeuses et serveuses apprendront vite à user d'arrogance à l'égard de leurs clients pour leur faire comprendre qu'ils sont de trop dans leur établissement inscrit au KBIS, ou à user de la plus totale indifférence pour leur faire assimiler qu'ils ne sont rien, qu'ils n'existent pas. Un cours facultatif permet d'apprendre à faire la gueule tous les matins dans le métro et à tenir à pleine main la barre métallique couverte de bactéries pour disséminer ensuite celles-ci en d'autres lieux de la capitale.

Nous pourrions ainsi raconter les autres journées de cette semaine initiatique intensive et obligatoire, mais il est bon que l'aspirant parisien découvre tout ça par lui-même, avec ce coeur battant qui bientôt se refroidira en silence.

J'ai moi même suivi cette semaine de formation, mais comme je suis divorcé de l'école depuis mon plus jeune âge, je n'ai pas appris grand chose. Je me contente de me promener dans Paris en regardant les gens, en écoutant le chant des oiseaux, en disant "bonjour" et "merci" quand les occasions se présentent. Et finalement, je les aime bien ces Parisiens, ces bons élèves... Leur comportement donne sans doute à Paris une parcelle de son charme. Et j'imagine qu'en 1959, alors que j'étais encore au fin fond de ma province, les rues parisiennes, de Ménilmontant à Saint-Germain et de Javel à Tolbiac, laissaient déjà glisser des flots d'élégants malotrus et de ravissantes pimbèches.

Paris sera forcément toujours Paris.

Et je vous remercie pour votre attention.

-----

Source photo: Dessin du grand Kiraz (http://kiraz-artworks.com/)

 

03/07/2009

Encore une fausse rumeur: Andy Kaufman n'était pas mort !

Sisyphe-Andy-Kaufman.jpgContrairement à la rumeur persistante qui se traîne sur le Web, il est temps de remettre les pendules à l'heure et les buzzeurs en place: Andrew Geoffrey Kaufman n'est pas mort.

Il a encore été vu hier après-midi, en plein Paris, en compagnie de son ami Tony Clifton, attablé au Flore, en sirotant un cocktail de fruit à la décoration sobre et élégante, avec le petit parasol de bois et de papier, aux baleines fragiles et éphémères.

Chemise à fleurs et short de brousse, très léger embompoint, sourire aux lèvres, Andy ne fait pas ses soixante ans. Il a l'expression et les gestes d'un gamin, même si ceux qui le connaissent bien savent que le fond de son coeur n'est pas repeint aux seules couleurs vives de l'arc-en-ciel mais possède bien cette part de "Paint-in-Black".

En tout état de cause, après les rumeurs sur les disparitions de Jeff Goldblum, Harrison Ford ou George Clooney, il faut désormais faire taire la rumeur sur Andy Kaufman.

Non, Andy Kaufman n'est pas mort en 1984, ni depuis, ni ne mourra un jour.

Il a su mettre en scène sa vie, sa mort et sa postérité.

Il a même eu le privilège de recevoir, de son vivant, l'hommage de Milos Forman et Jim Carrey, dans un sublime film, "Man on the Moon", qu'il a pu voir lors de la première à Hollywood, en 1999.

Et si Andy se fait plus discret aujourd'hui, il n'en reste pas moins présent autour de nous. Il suffit de regarder dans la foule, on finit toujours par l'apercevoir, grimé ou pas.

Bonne continuation, Andy.

23/05/2017

Annie Cordy et la buick cabossée, près de la pinède

sisyphe-annie-cordy.jpgL'été n'en finissait plus de nous chauffer la peau, dans le vacarme de cigales et devant les anisades locales.

Nous étions quelques amis à retaper un vieux muret grisonnant, au bord de la propriété de la Gajotte, quand nous entendîmes soudain un crissement de pneu, un choc de ferrailles et un brutal fermage de gueule des cigales.

Une énorme buick venait de sortir de la route, sans gravité mais non sans avoir détruit sa roue avant droit sur une souche prohéminante.

Le chauffeur sortit calmement pour venir constater le dommage subi, puis l'unique passagère arrière le suivit en maugréant quelques paroles inaudibles.

La voiture était équipée d'un gros téléphone à cadran. En ce milieu des années 70, les portables n'existaient pas encore.

Le chauffeur, qui se prénommait Alain, appela un dépanneur et tenta vainement de démonter la roue déformée, pendant que la passagère trouva un coin d'ombre pour s'asseoir et ronchonner.

Nous offrîmes à boire à ces deux naufragés de la Nationale 7, à savoir de l'eau fraîche dans des gobelets de plastique. J'appris que la passagère s'appelait Annie Cordy mais il est vrai que son visage ne m'était pas inconnu, et je me souvenais que nous avions presque le même âge.

Elle m'expliquait qu'elle passait ses vacances chez des amis corses, dans un lotissement caché dans la pinède, quelques kilomètres plus au nord. L'ami en question était un promotteur sans enfant, solitaire et direct, avec qui elle s'entendait à savourer la calme provençal de sa villa-avec-piscine. L'épouse de l'ami était une créatrice éclectique qui avait eu l'idée de couler des cigales dans de la résine pour en faire de jolis porte-clefs.

Annie n'aimait pas beaucoup Richard, le jardinier marseillais qui s'occupait du jardin de son ami corse. Il avait lui aussi lié des liens d'amitié avec cet ami et cela faisait trop de liens d'amitié sur un trop petit périmètre et par une si grande canicule. Le jardinier ne l'aimait pas trop non plus. Il y avait même eu une sombre histoire de pieds de nez synallagmatiques mais je ne la compris pas bien, tout comme ces deux enfants qui attendirent presque une heure un autographe pour rien car il y avait aussi un avion prendre. Et cet avion elle allait le rater à cause de l'accident. Bref, tout un tas de problèmes inhumains quand il fait si chaud.

Je suis ensuite reparti m'occuper du muret car mes amis à moi attendaient.

Deux heures plus tard, je vis passer toute la famille Trintignant à vélo, avec Marie en tête comme à son habitude.

C'était une journée presque tranquille.

Trois jours plus tard, Annie portait à la télé les bottes qu'elle avait achetées avec son amie. Elle fit un petit signe discret pour la saluer. Du private joke d'avant internet.

Quelques années plus tard, j'ai compris l'intérêt du grand chapeau de Tata Yoyo, les jours de grand soleil...

Il y a moins de cigales aujourd'hui. Mais ce n'est sans doute pas à cause des porte-clefs.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu