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11/05/2009

Maggie Cheung, icône des temps futurs

sisyphe-maggie-cheung3.jpgLa huitième guerre mondiale venait de se terminer après trois jours. Il faut dire qu'il ne restait sur Terre, au jour de la déclaration de cette WW8, qu'une centaine d'êtres humains. Les autres avaient péri de mille morts joyeuses, après les multiples "der des der", les épidémies "ne donnant pas d'inquiétude", les cataclysmes "pas imputables à l'homme", les guerres civiles entres communautés plus fières les unes que les autres.

La bataille fut brève et paresseuse, sans conviction, de quoi faire beaucoup de peine aux galonnés de 14 s'ils avaient vu ça, depuis leur eden des officiers.

Il se trouve que Rodrigo faisait partie du dernier carré d'homo sapiens, errant dans la poussière radioactive, courbé par sa solitude et par son cancer.

Il mangeait ce qu'il trouvait, mais il ne trouvait plus grand chose. Entre pourriture et moisissures, les scorpions et les fourmis dominaient la planète bleue-marron.

Mais en ce 8 juillet 2046 après midi, Rodrigo poussa la porte d'un vieux cinéma en ruines épaisses. La salle avaient échappé aux tirs de roquettes et aux pillages successifs du dernier quart de siècle. Même le projecteur semblait sorti d'usine, rutilant, offert à la passion cinéphilique. Or, notre survivant devait être le dernier amateur de 7ème art. Les autres devaient être des zombies fanatiques de télévision, d'émission lobotomisantes, de séries roboratives.

Il restait une boîte sur l'étagère du projectionniste. Instinctivement, Rodrigo plaça le précieux trésor sur la machine, et toucha quelques boutons et manettes. Et le dernier miracle de l'histoire de l'humanité se produisit. Un groupe électrogène fonctionnel prêtait son solde d'énergie pour un ultime visionnage.

Le titre du film était "In the mood for love".

Malgré ses épouvantables douleurs au ventre, Rodrigo était fasciné par cette histoire lente et universelle des destins amoureux qui se croisent et se décroisent.

Au tiers du film, il suivait avec tendresse la démarche de l'héroïne, interprétée par une certaine Maggie Cheung, vers un sous-sol, sur l'air de Yumeji. Affamé, il rêvait de manger lui aussi cette bonne soupe chinoise, avec cette belle femme, sans un mot, avec un peu de poussière d'âme en guise d'échange, de regards, furtifs et rassasiés.

Mais la bobine brûla et Rodrigo ne vit jamais la fin du film.

Il mourut quelques semaines plus tard, sous un pont d'autoroute, dans une agonie qu'il ne passa néanmoins pas tout seul.

Il descendit l'escalier avec Maggie.

Pour l'éternité.

 
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