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30/10/2010

Épidémie

Sisyphe - socrate.jpgUn vieux médecin fatigué compulsait paisiblement le dernier Telerama.

Littérature: une réédition de "la Peste" de Camus. Théâtre: "Rhinocéros" de Ionesco. Cinéma: énième remake de "l'Invasion des Profanateurs de Sépultures". Poésie: "Les animaux malades de la Peste" en bande-dessinée.

Rien qui ne puisse le sortir de cette réalité sordide où la bêtise épaisse était lentement devenue un art de vivre, à la suite d'une lente contamination de la planète bleue. L'épidémie touchait l'ensemble des représentants de l'espèce humaine.

Lui-même avait assisté au sens propre, si l'on peut dire, à l'évolution de certaines contagions.

Le Sida tuait toujours plus facilement chez les pauvres gens. Les médicaments blindés de brevets noyaient les pays riches et devenaient mythiques partout ailleurs.

Un manque d'hygiène hospitalière (morgue des praticiens désabusés, moyens précaires, raisons variées), et l'on voyait souffrir des milliers de victimes d'affections nausocomiales.

Surconsommation d'antibiotiques, doublée d'une démultiplication percolative des échanges inutiles (avions, réunionites), avec là encore une hygiène aléatoire.

Empoisonnements subtils et variés (amiante, plomb, dioxine, déchets radioactifs, pétrole, farines animales...etc). Dérives génétiques d'apprentis sorciers (OGM vagabonds, anthropomorphisme des organes cochonnesques...).

Mais, la société elle-même souffrait de mille maux. Quelques épidémies se répandaient en tous lieux.

Les intégrismes et idéologies les plus variées gagnaient du terrain. La modération de la pensée disparaissait. L'évaporation de la libre pensée ne constituait plus qu'une affaire classée. La haine intercommunautariste grossissait, pleine de boursouflures. Chaque groupe se forgeait dans sa persuasion féroce d'avoir seul raison, et de posséder l'unique légitimité.

La violence amenait la violence. L'envie de civilisation se liquéfiait. La civilité même n'y survivait pas.

La corruption avait depuis longtemps conquis l'âme de chaque individu. "On m'a volé. J'en ai marre. Alors je vole aussi."

Les coups de cornes faisaient trembler les murs de la cité.

L'humanité s'épuisait en des luttes absurdes, inutiles, anihilantes.

Le pronostic vital de notre petit monde était largement engagé.

Il restait néanmoins une chance de survie.

Elle imposait une révolte.

La révolte de l'intelligence.

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Source de l'image

12/12/2008

Temps

Deux frères jumeaux, âgés de 30 ans, durent un jour se résigner à disjoindre leurs destinées.

L'un d'entre eux venait d'obtenir le titre d'astronaute et allait partir en voyage au travers d'une portion de la galaxie, à une vitesse proche de celle de la lumière.

L'aîné, Ulysse, prit donc les commandes du vaisseau co-piloté par HAL et NONO, alors que Gérard continua son existence terrestre, à cultiver ses OGM bénéfiques, "c'est-sans-danger".

Alors que Gérard approchait de ses 90 ans, cultivant ses cactus d'appartement, en voyant un vol d'hirondelles, il entendit à la radio que la navette était de retour de l'espace.

Quelques jours plus tard, eurent lieu d'émouvantes retrouvailles entre les deux frères jumeaux.

Gérard, courbé par l'âge, embrassa Ulysse qui n'avait vieilli que de trois mois, au lieu des 60 ans de son monozygote.

Les scientiques s'interrogèrent sur les raisons de cette jouvencéité conservée par Ulysse.

Le professeur Jeleuvaubien envisagea que le voyageur avait abusé de crèmes anti-rides.

Le professeur Allègre déclara que cela était dû à l'absence de réchauffement de la planète.

Enfin, le professeur Ztnerol déclara que l'absence de vieillissement d'Ulysse, 31 ans bientôt, provenait du simple fait que le temps est relatif.

Pendant ce temps, le professeur Jhallucine, qui avait abusé ce soir là de vodka bon-marché, se dit que Ztnerol confondait le temps et la mesure du temps, et que si Ulysse avait certes l'apparence d'un jeune homme, le temps s'était écoulé pour lui de la même manière que pour Gérard, mais que, par la grâce de sa vitesse, tous les atomes de son corps et tous ceux du vaisseau avaient vu leur fontionnement interne ralentir, comme une roue de voiture ralentit sa rotation lorsque le frein plaque ses plaquettes.

Mais il est vrai que les mystiques avaient gagné sur tous les terrains, y compris sur celui de la physique nucléaire, et qu'il fallait que l'univers ait un début, et donc que le temps ne soit pas absolu. Tout comme il fallait un début et un néant originel.

Le médiocre ralentissement des mécanismes structurels des objets constituait donc, pour eux, la preuve que le temps était relatif.

Le vieux professeur Jhallucine pris ce soir là son automobile, et il eut malheureusement un instant de retard pour réagir au passage d'un sanglier. Le véhicule fit une embardée et le professeur perdit la vie.

La vodka avait fortement relativisé son temps de réaction.

Pendant ce temps, Gérard racontait sa vie à Ulysse.

Pour Ulysse, le récit fut plus rapide.

10/10/2008

Tribu

Sisyphe-chaudron-%20gundestrup3.jpgDe la bêtise, faut-il choisir la thèse créationniste ou la thèse évolutionniste ?

Restons sur le terrain darwiniste, tant que cela reste encore autorisé.

Les animaux mutent et évoluent. Les niches écologiques se vident et se remplissent. Il en va de même au sein de l'espèce humaine, sauf que les caractères physiologiques ne sont plus ici les seuls à changer au fil du temps. Certes, les femmes sont moins poilues au XXIème siècle que dans le milieu du Paléolithique, mais c'est surtout les caractères sociaux, culturels et relationnels qui se modifient au gré de l'histoire de l'humanité.

L'espèce humaine ayant une vocation grégaire affirmée, l'évolution idoine est pour grande partie une évolution de groupe. Pour faire simple, seules les tribus ayant assuré leur survie survivent et transmettent leur culture et leurs usages (en ce compris leur barbarie, leur violence ritualisée et leur propension variable au mensonge et à la corruption).

Il est manifeste qu'aux temps anciens (flou chronologique, ici, à vocation diplomatique), les tribus pacifiques, candides et progressistes ont disparu au profit des tribus agressives, dominatrices et rusées.

La nature ayant horreur des excès a fait disparaître les tribus trop gourmande ou celle dont la soif de grandeur a fait naître une folie collective. Tout les empires se sont effondrés. Mais des civilisations à eux contemporaines ont alors pris leur essort, à l'instar des petits mammifères d'il y a 65 millions d'années.

Ces empires se sont effondrés soit parceque leur violence s'est retournée contre eux, soit parcequ'ils ont étouffé leurs sujets, soit parcequ'ils ont laissé pourrir les règles démocratiques (exemple, imaginaire bien-sûr, d'une civilisation libérale rongée par la corruption qui verrait toutes ses structures s'écrouler après que les mafias aient aspiré l'argent, et donc l'énergie, de ses citoyens, un remake complexe de la fable de la poule aux oeufs d'or).

Enfin, il faut se demander si l'ultime tribu, d'aspect MacLuhanienne, ne va pas s'autodétruire, se saborder, faute de voisins à envahir.

Seuls les citoyens de cette ultime tribu peuvent empêcher le naufrage, à condition de reprendre la barre. Et d'ouvrir les yeux face à la tempête.

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