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13/04/2016

Cher pauvre de moi

Solitude,Rembrandt,Altérité,SaisonsL'ermite ment. Il ne peut que mentir. Se mentir à lui-même.

La négation volontaire des autres, dans son absolutisme de pacotille, n'est qu'une forme d'estime des autres. L'humain est fabriqué dans ses gènes, programmé dans sa pauvre nature, pour vivre avec autrui, et non pour fuir le monde des hommes.

Il est loisible de vivre avec soi-même, en marge du groupe, en bordure de la société, aux portes du village, mais le lointain brouhaha de la foule, les vibrations de la masse des semblables, ne sont jamais loin, acouphènes ou empathie, bruitage ou doublage d'un film où le monologue reste à jamais cantonné.

Moi n'est pas grand chose sans les autres, sans cette armée de soi-même mal fichus, gueulant et étranges.

Feuille morte est le seul destin offert en se décrochant de l'arbre, à l'automne ou dans un hiver qui s'étire... Dans un hiver qui se moque.

16/05/2015

Ruquier ne visitera plus jamais Palmyre

Ruquier (Laurent),Fourest (Caroline),Palmyre,courage,télévisionLaurent Ruquier manie le paradoxe. D'un côté, il vit à la romaine, en servant la soupe couché. De l'autre, il se fiche pas mal de la montée en puissance des nouveaux maîtres du monde, les hordes d'iconoclastes dirigés par un big brother à turbans. Quelques rares intellectuels, journalistes, philosophes, tentent vainement d'alerter le monde libre sur un destin promis, une fin des temps en mode 476, à défaut de courage.

Laurent Ruquier regrette d'avoir donné la parole à certains, il promet, une main tremblante sur le coeur, qu'il ne les invitera plus jamais sur son plateau, préférant sans doute roucouler avec la caste politique dont la probité et le courage ne sont pas les valeurs les plus évidentes, ou avec de sympathiques saltimbanques, pleins d'une sidérante fraîcheur d'esprit pour les uns, ou vide de toute logique en des temps de naufrage sur les récifs de l'âge.

Laurent Ruquier, seul maître à bord, navigue sur le porte-container des idées reçues. Il ne transporte plus le moindre colis de rébellion, la moindre caisse de pensée.

Charlie repose en paix. L'humour est entre les mains des collaborateurs d'un animateur qui s'écoute. Caron tourne rond dans ses certitudes et ses amitiés. Versailles nous est conté.

Entre deux calembours vermoulus et vermotiens et trois courbettes rigolotes, il nous rappelle qu'est arrivé le temps où l'on est définitivement couché.

19/01/2015

D'une dictature à l'autre, les lendemains qui déchantent

Lorsque la France ne sera plus demain qu'une dictature irrationnelle, soumise à la vocifération, il ne restera plus dans le monde, pour ceux qui pourront fuir, qu'un triste choix entre quelques dictatures matérialistes. Aucun refuge terrestre pour une quelconque intelligence, pour un soupçon de philosophie, pour un ersatz de pensée. Nulle bibliothèque pour la liberté, nulle liberté d'expression, nulle expression dissidente, nulle beauté hors des rangs, hors des alignements de bottes à clous. Les moutons bêleront en silence, en attendant, souvent, la lame glisser sur leur gorge, pour les entraîner sur les rives d'un Styx sans passé, sans aval, sans fond. Le mot France aura lui-même disparu dans un sirocco pestilentiel, lettres souillées, lettres brisées.

Et les exilés ne seront plus que fantômes hagards, frileux et sans espoir.

Demain vient toujours plus vite que dans les pires présages.

23/08/2010

L'inception qui confirme le rêve

Little Nemo.pngNe rêvons pas, l'onirisme forcé sera demain dans le domaine des possibles. Le cerveau est un immense continent dont la cartographie et les méandres font l'objet d'inénarrables recherches, et de découvertes de plus en plus précises. L'hypnose ne sera bientôt plus qu'un phénomène de foire pour psychalystes ruinés.

Le film de Christopher Nolan, "Inception", nous montre un Leonardo du Caprio promenant dans des rêves multicouches pour y injecter des idées. Les 2h28 passent sans lasser, entre "ExistenZ" et diverses toiles d'action.

Mais l'idée n'est pas neuve et n'a rien d'exceptionnel.

Introduire une idée, voire plusieurs, dans un cerveau humain est une activité humaine immémoriale et très efficace, notamment pour dominer autrui.

L'escroc préhistorique qui jouait avec les ombres pour effrayer ses colocataires de la grotte était un modeste précurseur.

Depuis, des divinités ont pénétré les esprits, traversant l'espace et le temps, au gré des invasions et des rites très variés. Ont pénétré. Ont été introduites. On peut voir les choses sous différents angles.

La manipulation mentale n'est pas nécessairement divine. Toute autorité investie, tout caïd pignonnant, tout patron convainquant, peut, à l'occasion, voire au quotidien, introduire une conviction dans le crâne de ses subordonnés, pour les subordonner plus encore à son importante personne. Même le vulgaire meneur peut faire oeuvre de maïeutique pour parvenir à ses fins.

Avec un bon microphone, une bonne grosse voix qui gueule dans le sens du poil, un chef peut lever son peuple, et le conduire vers la victoire, puis vers la déroute, puis vers la ruine, le sang et les larmes. C'est un classique de l'histoire du monde.

L'entubage précède généralement la force brute.

Rendre un peuple otaku avant de le mettre au tapis, c'est une question de timing.

Mettre des idées, en gommer bien d'autres. Panem et circences...etc

Bref, quand un peuple s'endort sous les lauriers de son maître, il se prépare des réveils difficiles.

Il faut peut-être y songer.

09/06/2010

La connerie fait plus de bruit que la sagesse

Sisyphe-Angkor-Detail.JPGA quoi sert d'alerter "l'opinion publique" quand celle-ci est sourde.

Imaginons quelques instants tous ces intellectuels allemands qui en 1932 prévenaient leurs concitoyens des dangers du nazisme. Que ressentaient-ils devant l'aveuglement et la surdité de la majorité du pays...?

A quoi bon être clairvoyant...?

Les humains, comme les lemmings, suivent parfois le mouvement de l'histoire sous divers prétextes individuels, somme de tous les petits arrangements avec le droit, avec la démocratie, qui permet un jour à des illuminés ou à des incapables ("ou" non exclusif) de conduire un pays, un continent ou une planète à la catastrophe.

Pareillement, et pour exemple, que sont devenus les ingénieurs qui savaient que l'absence de prévention des risques dans l'exploitation pétrolière offshore pouvait conduire à un désastre...? Leur voix s'est-elle tue, étouffée, perdue dans le vent...?

Ah, toutes ces "divines surprises" qui surgissent du néant... "Ah, ben ça alors... J'aurais pas cru".

Le Professeur Jacob a souvent évoqué l'intelligence collective. Il avait raison, elle existe aussi.

Mais elle n'aura jamais la puissance de l'inconscience collective, source des plus grands cataclysmes.

Et dans cette perspective, tout un chacun aura apporté sa petite pierre d'insouciance, d'aveuglement ou de renoncement.

(Silence)

19/07/2009

Des camps d'entraînement aux portes de Paris, pour les futurs Parisiens

sisyphe-parisiennes.jpgLa Haute Autorité des Moeurs Parisiennes (HAMP) a créé et installé, dans la plus grande discrétion, plusieurs camps d'entraînement, aux portes de Paris. Ils ont pour vocation à former les futurs Parisiens, nouveaux arrivants, à l'Esprit et aux coutumes de la capitale.

Des formateurs de haut calibre y dispensent une semaine de formation obligatoire pour toute personne qui vient s'installer intra muros à titre définitif.

Le premier jour est destiné à rééduquer le regard. Les élèves apprennent progressivement à éviter totalement le regard des autres. Le mépris et l'indifférence permettent ainsi d'accroître le sentiment d'être supérieur, seul au monde et top-cocoon, à l'instar des vaches laitières qui se contentent de brouter leur maïs transgénique en gardant leurs gros yeux globuleux dans le vague de leur étable. Seuls les individus atteints du syndrome d'abandon, du talent de portraitiste ou de l'art millénaire de l'extorsion, se permettront encore de fixer leurs concitoyens dans le blanc des yeux. Les autres traverseront la ville en regardant tout ce qui n'est pas humain et rentreront le soir chez eux sans avoir imprégné sur leur rétine un quelconque visage, en dehors, le soir à la télévision, de ceux des intellos de l'émission "Secret Story".

Le deuxième jour est presque entièrement consacré à l'apprentissage de l'audition. Les élèves apprennent à vivre avec des casques audio pour user leurs tympans sur leurs musiques préférées (de Britney Spears à Bartok, en passant par Miley Cyrus et Django Reinhardt). Ils éviteront ainsi d'entendre le cadre supérieur qui partage leur espace de trottoir beugler sur son mobile qu'il a tout compris de la crise et qu'il va pouvoir dénoncer certains collègues au DRH afin de licencier plus pour augmenter les stocks options de son patron notateur. Ils éviteront surtout d'entendre la jeune-fille au fond du wagon se faire violer ou le SDF gesticuler dans les eaux froides de la Seine en criant désespérément à l'aide dans une langue exotique. La musique adoucit les moeurs et évite parfois de perdre son temps.

A l'aube du troisième jour, le candidat Parigot se penche sur l'épineuse question de la politesse. Il apprend en premier lieu à gagner du temps en évitant de prononcer des formules creuses du type "S'il vous plaît", "merci" ou "bonjour". Ne délivrer aucune marque de politesse permet d'être respecté, d'éviter de passer pour un gentil, un couillon, un Schpountz ou un vulgaire benêt. Il faut adopter un phrasé court et sec et user d'une intonation méprisante et suffisante. Cela suffit pour les quelques échanges verbaux malheureusement encore nécessaires, en l'état actuel du développement de la robotique. De même, les futurs piétons doivent apprendre à se jeter en masse devant les voitures qui voulaient passer au vert, après un quart d'heure de feu rouge, et les entrants du métro doivent connaître le système du forcing et des coups d'épaules pour entrer dans la rame, d'où tentent vainement de s'échapper ceux qui espéraient sortir à cette station. Les futurs barmans, et les futures vendeuses et serveuses apprendront vite à user d'arrogance à l'égard de leurs clients pour leur faire comprendre qu'ils sont de trop dans leur établissement inscrit au KBIS, ou à user de la plus totale indifférence pour leur faire assimiler qu'ils ne sont rien, qu'ils n'existent pas. Un cours facultatif permet d'apprendre à faire la gueule tous les matins dans le métro et à tenir à pleine main la barre métallique couverte de bactéries pour disséminer ensuite celles-ci en d'autres lieux de la capitale.

Nous pourrions ainsi raconter les autres journées de cette semaine initiatique intensive et obligatoire, mais il est bon que l'aspirant parisien découvre tout ça par lui-même, avec ce coeur battant qui bientôt se refroidira en silence.

J'ai moi même suivi cette semaine de formation, mais comme je suis divorcé de l'école depuis mon plus jeune âge, je n'ai pas appris grand chose. Je me contente de me promener dans Paris en regardant les gens, en écoutant le chant des oiseaux, en disant "bonjour" et "merci" quand les occasions se présentent. Et finalement, je les aime bien ces Parisiens, ces bons élèves... Leur comportement donne sans doute à Paris une parcelle de son charme. Et j'imagine qu'en 1959, alors que j'étais encore au fin fond de ma province, les rues parisiennes, de Ménilmontant à Saint-Germain et de Javel à Tolbiac, laissaient déjà glisser des flots d'élégants malotrus et de ravissantes pimbèches.

Paris sera forcément toujours Paris.

Et je vous remercie pour votre attention.

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Source photo: Dessin du grand Kiraz (http://kiraz-artworks.com/)

 

29/05/2009

La tragédie du premier écrivain écologiste

sisyphe-crayons.JPGFrédéric Laplume découvrit un matin qu'il avait la fibre écologiste. En se levant de son lit high-tech, il observa le ciel, chargé de méthane, flotter au dessus du Havre, et se dit qu'il fallait agir vite.

Il réalisa, avec grande honte, qu'il utilisait, depuis de nombreuses années, des stylos billes pour remplir ses pages de manuscrits de sa brillante prose.

Du plastique et des résidus d'encre chimique qui finissaient dans la nature ou dans des fumées céhodeusées.

Il décida alors d'adopter le crayon à papier.

Et il remplaça le papier blanc velin, tout neuf, par tout ce qui lui tombait sous la main en guise de matériau de récupération, à savoir, pour l'essentiel, de hideux dépliants publicitaires. Il fallait alors écrire sur les zones claires et unies de la paperasse marketing. A la saison du blanc, Frédéric profitait alors des larges draps et des épaisses serviettes pastels pour dynamiser son récit et tirer à la ligne.

L'angoisse de la page blanche disparaissait forcément entre les photos de yaourts et de soutiens-gorges balconnants.

Néanmoins, ce futur Prix Goncourt, à l'habit déjà vert, prit conscience des méfaits du crayon: coupe de bois précieux pour produire du HB et taillages de crayons gaspillant cette noble matière première.

Il opta pour le porte-mine avant de réaliser, cette fois, que les mines de rechange étaient conditionnées dans de petites boîtes plastique. Il revint alors illico vers le crayon en apprenant par ailleurs que le bois provenait des forêts abattues lors de la 83ème tempête de l'année ("C'est sans danger", dirait Claude Allègre).

Frédéric comprit également que le bois taillé pouvait devenir sciure, pour absorber, par exemple, les restes des rave parties dans les champs de betteraves.

Après ces différents ajustements approuvés par tous les Cohn-Bendit de la Terre, Frédéric Laplume rédigea son chef d'oeuvre, sur un volume de papier constitué à 37,5 % par des brochures d'hypermarchés.

Il s'agissait d'un roman à la gloire de Gaïa, New-Age Tendre et tête de bois.

Il posa le précieux manuscrit sur son bureau et alla chercher son épouse pour lui présenter la merveille. Il revint avec elle, quelques minutes plus tard, pour découvrir la tragédie.

Ses deux enfants, encore dénués de toute conscience, avaient soigneusement gommé toute trace d'écriture sur le manuscrit. Il ne restait plus que les photos des cafetières, des chaussettes et la mention des prix cassés.

La carrière de Frédéric était donc terminée, mais il restait néanmoins quelque chose de positif: les enfants avaient utilisé chacun une gomme bio, 100% recyclée.

La planète était sauvée.

 
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