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09/10/2009

Jean-Louis TRINTIGNANT, lors d'un apéritif silencieux

Sisyphe-Trintignant.jpgJean-Louis TRINTIGNANT, comédien sensible et brutal, instinctif et cultivé, homme juste et révolté.

Il fut la victime d'une Brigitte BARDOT, femme fatale créée par un Dieu sans pitié, dans un Saint-Tropez d'avant les boursouflures. Il fut le frère à l'écran de ses beaux-frères au réel.

Plus tard, il devint homme d'une femme, immortalisé dans un bonheur impalpable.

Il est dans "Z" le juge courageux qui mène une enquête au milieu des cafards géants.

Il est aussi, dans "Sans Mobile Apparent", cet incorruptible, rebelle et désabusé, dans une ville azuréenne où les anges n'existent que déchus. Sa course autour du port de Nice symbolise la démesure du combat de l'honnête homme face aux hydres, animaux hideux et pitoyables.

Porteur d'un "Secret", il sera chassé, sans merci, par ces pantins de la raison dite d'État, véritable valets des régimes bananiers des climats tempérés.

Policier implacable dans le "Grand Pardon", il est le contrepoint exact de la faconde hypertrophiée d'un parrain plus vrai que nature.

Dans "Vivement Dimanche", il vit une des plus belle histoires du 7ème Art, face à une Fanny ARDANT, et dans un noir et blanc inoubliable.

Enfin, hors champ, il a donné un film magnifique, "le Maître Nageur", où dans un huis-clos humide, l'esprit des personnages finissait par sentir le chlore, entre coup de griffes et duplicité.

"On ne nous apprend pas à vieillir", s'écria naguère Jean-Louis TRINTIGNANT, homme blessé par la vie.

On ne lui a sans doute jamais appris à être aimé par le public, et pourtant, il a gravé à jamais son visage et son âme dans le coeur des cinéphiles.

Une nuit d'été, après une dure journée de vendanges, un adolescent plutôt solitaire suivit, pour la première et dernière fois, un groupe d'autres adolescents plutôt collectifs, franchir un petit portail, s'approcher d'une piscine chauffée, retirer la bâche bleue, et se baigner quelques minutes, avant de fuir précipitemment, sous la rumeur de l'arrivée du garde-champêtre. Souvenir marquant...

Quelques semaines plus tard, Jean-Louis Trintignant buvait un pastis avec Jean-Pierre et Richard, dans un petit cabanon sous les pins. Jean-Louis parlait peu, écoutait silencieusement. Richard était aussi le grand-père de l'adolescent solitaire.

Depuis, Richard est parti quelque part dans les étoiles, Jean-Pierre est retourné vivre entre Bastia et l'Ile-Rousse.

Marie est aussi dans les étoiles, mais un de ses amis, qui est aussi mon ami, me parle régulièrement d'elle.

Et je suis retourné plus de quinze ans après dans ce cabanon, et j'y ai imaginé trois hommes partageant simplement l'apéro, à la croisée de leurs destins. Petits instants fugaces qui se mêlent, dans ma mémoire et dans mon coeur, à mon admiration pour le comédien dont il est question dans ces modestes lignes.

Mon anonymat lui fera sans doute pardonner mon impudeur à l'écrire.

09/08/2009

Gérard BARRAY, inaltérable héros

Sisyphe-Barray.jpgGérard Barray fut certes un véritable San Antonio, plus ironique que caustique, le regard malin, le costume sur mesure et une dégaine qu'aurait approuvé l'espion Bob Saint-Clar.

Il fut surtout un excellent Surcouf, un corsaire bondissant, charismatique, échappant aux boulets de canons des pirates et des critiques de Télérama.

La persistence rétinienne cinéphilique s'imprime sur l'Histoire, et Robert le Malouin portera toujours en surimpression le visage de Gérard Barray.

En 2009, il n'y a plus beaucoup de héros, ni dans la vie, ni sur papier, ni sur écran.

La soumission est de mode.

Il reste quelques souvenirs...

Hissez la grand voile, et parez à l'abordage.

Si nous devons sombrer, que ce soit avec panache.

Bon vent, Capitaine Barray.

03/07/2009

Encore une fausse rumeur: Andy Kaufman n'était pas mort !

Sisyphe-Andy-Kaufman.jpgContrairement à la rumeur persistante qui se traîne sur le Web, il est temps de remettre les pendules à l'heure et les buzzeurs en place: Andrew Geoffrey Kaufman n'est pas mort.

Il a encore été vu hier après-midi, en plein Paris, en compagnie de son ami Tony Clifton, attablé au Flore, en sirotant un cocktail de fruit à la décoration sobre et élégante, avec le petit parasol de bois et de papier, aux baleines fragiles et éphémères.

Chemise à fleurs et short de brousse, très léger embompoint, sourire aux lèvres, Andy ne fait pas ses soixante ans. Il a l'expression et les gestes d'un gamin, même si ceux qui le connaissent bien savent que le fond de son coeur n'est pas repeint aux seules couleurs vives de l'arc-en-ciel mais possède bien cette part de "Paint-in-Black".

En tout état de cause, après les rumeurs sur les disparitions de Jeff Goldblum, Harrison Ford ou George Clooney, il faut désormais faire taire la rumeur sur Andy Kaufman.

Non, Andy Kaufman n'est pas mort en 1984, ni depuis, ni ne mourra un jour.

Il a su mettre en scène sa vie, sa mort et sa postérité.

Il a même eu le privilège de recevoir, de son vivant, l'hommage de Milos Forman et Jim Carrey, dans un sublime film, "Man on the Moon", qu'il a pu voir lors de la première à Hollywood, en 1999.

Et si Andy se fait plus discret aujourd'hui, il n'en reste pas moins présent autour de nous. Il suffit de regarder dans la foule, on finit toujours par l'apercevoir, grimé ou pas.

Bonne continuation, Andy.

11/06/2009

Le visage introuvable de Jeanne CASILAS

Sisyphe-JaimeraisPasCrever.jpg"J'aimerais pas crever un dimanche"... Film macabre et magique, où l'on voyait déambuler la sulfureuse Marie, incarnée par l'inoubliable Jeanne Casilas.

Personnage sensuel et soumis, silhouette lascive, docile, avec cette voix venue d'un autre monde, envoutante et brûlante.

Quelques rôles ont suivi au cinéma, jusqu'en 2005. Ce n'est pas si vieux...

Mais rien sur la toile dès lors que l'on recherche une simple image de son visage.

Les disques durs des serveurs planétaires sont encombrés de photos de bimbos niptuckées, aux lèvres de canard et au front grévinique, mais rien sur cette comédienne sensible et unique.

Jeanne/Marie est sans doute repartie vers sa planète d'origine, et les Men in Black ont alors, forcément, effacé toute sa mémoire du Web.

Où que tu sois dans cet univers, Jeanne Casilas, reviens nous parler en Dolby Stereo, sous les grignotements des popcorns, sur la toile magique de nos multiplex et de nos cinémas de quartier.

J'aimerais pas crever un dimanche, ou même un autre jour, sans t'avoir revue.

04/06/2009

L'onirisme amniotique de Philippe MARCELÉ

unapresmidiaucirque_04082002.jpgUn libraire, à Besançon, me disait hier que le style graphique de Philippe Marcelé avait quelque peu changé depuis les années 80. J'irai voir.

D'ores et déjà, il faut admettre que ce dessinateur, hors normes, est à la bande-dessinée ce que Gustave Moreau fut à la peinture, ce que Serge Brussolo est à la littérature et ce Franck Zappa restera à la musique.

Femmes enceintes au ventre de cristal, bourgeois laids et avides, lesbiennes maigres ou plantureuses, animaux déshumanisés, paysages mystico-surréalistes, lenteur et silence des processions, fureur sourde et violence omniprésente.

Philippe Marcelé a inventé des mondes de souffrance où l'on aimerait néanmoins vivre, visiter, se fondre...

Les visages sont empreints de férocité, de langueur ou de vice. Ils ne sont jamais innocents.

Et la symbolique de ces quelques cases d'hommes masqués est inoubliable.

Bon après-midi, gentilhomme.

11/05/2009

Maggie Cheung, icône des temps futurs

sisyphe-maggie-cheung3.jpgLa huitième guerre mondiale venait de se terminer après trois jours. Il faut dire qu'il ne restait sur Terre, au jour de la déclaration de cette WW8, qu'une centaine d'êtres humains. Les autres avaient péri de mille morts joyeuses, après les multiples "der des der", les épidémies "ne donnant pas d'inquiétude", les cataclysmes "pas imputables à l'homme", les guerres civiles entres communautés plus fières les unes que les autres.

La bataille fut brève et paresseuse, sans conviction, de quoi faire beaucoup de peine aux galonnés de 14 s'ils avaient vu ça, depuis leur eden des officiers.

Il se trouve que Rodrigo faisait partie du dernier carré d'homo sapiens, errant dans la poussière radioactive, courbé par sa solitude et par son cancer.

Il mangeait ce qu'il trouvait, mais il ne trouvait plus grand chose. Entre pourriture et moisissures, les scorpions et les fourmis dominaient la planète bleue-marron.

Mais en ce 8 juillet 2046 après midi, Rodrigo poussa la porte d'un vieux cinéma en ruines épaisses. La salle avaient échappé aux tirs de roquettes et aux pillages successifs du dernier quart de siècle. Même le projecteur semblait sorti d'usine, rutilant, offert à la passion cinéphilique. Or, notre survivant devait être le dernier amateur de 7ème art. Les autres devaient être des zombies fanatiques de télévision, d'émission lobotomisantes, de séries roboratives.

Il restait une boîte sur l'étagère du projectionniste. Instinctivement, Rodrigo plaça le précieux trésor sur la machine, et toucha quelques boutons et manettes. Et le dernier miracle de l'histoire de l'humanité se produisit. Un groupe électrogène fonctionnel prêtait son solde d'énergie pour un ultime visionnage.

Le titre du film était "In the mood for love".

Malgré ses épouvantables douleurs au ventre, Rodrigo était fasciné par cette histoire lente et universelle des destins amoureux qui se croisent et se décroisent.

Au tiers du film, il suivait avec tendresse la démarche de l'héroïne, interprétée par une certaine Maggie Cheung, vers un sous-sol, sur l'air de Yumeji. Affamé, il rêvait de manger lui aussi cette bonne soupe chinoise, avec cette belle femme, sans un mot, avec un peu de poussière d'âme en guise d'échange, de regards, furtifs et rassasiés.

Mais la bobine brûla et Rodrigo ne vit jamais la fin du film.

Il mourut quelques semaines plus tard, sous un pont d'autoroute, dans une agonie qu'il ne passa néanmoins pas tout seul.

Il descendit l'escalier avec Maggie.

Pour l'éternité.

11/04/2009

Bernard PIVOT, incorruptible et pète-sec

sisyphe-bernard-pivot.jpgPierre PERRET composa jadis une chanson en l'honneur de son copain Bernard PIVOT. Ce dernier bougonna qu'il espérait une chanson de meilleur niveau. Cette réflexion, peu amène mais bigrement sincère, illustrait bien la personnalité entière de ce spécialiste de la littérature, l'un des rares qui n'ait pas voulu lui même écrire, en dehors d'un ouvrage sur le football.

Tous les vendredis soir, il donnait l'envie de lire à ceux qui regardaient la télé, mélant l'enthousiasme et la franchise, pressant les bavards de conclure sur leur temps de parole, épaulant les Modiano, réinvitant les d'Ormesson, risquant les Bukoswski et les Soljenitsine, et ouvrant la lucarne à d'éphémères mais sincères plumophiles.

On l'imagine arbitrant aujourd'hui, avec autorité, le délibéré camomillé d'un prix connu, entre vieux renards de salons, aux desseins presque aussi compliqués que le style de Proust.

Quelques bons journalistes ont pris sa suite depuis la fin de ses oeuvres audiovisuelles (Olivier BARROT en tête, pour le format de poche).

Mais Pivot reste à jamais irremplaçable à l'heure où la littérature va subir le sort aveugle du piratage dès que les nouvelles technologies du livre auront envahi les foyers de citoyens en état de souplesse avec le non respect des droits d'auteurs.

Les download et autre clicks n'auront jamais le charme de l'esprit d'un tel Monsieur Loyal.

Merci Bernard.

 
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