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21/05/2009

Mort aux artistes !

Murillo.jpgIl fut un temps, pas si lointain, où les artistes étaient respectés.

Le peintre pouvait fort bien n'intéresser personne de son vivant, puis grandir en traversant le Styx, mais lorsqu'on voulait accrocher l'une de ses toiles sur les murs de son loft, on l'achetait.

L'amateur de rock'n roll économisait sur sa paie hebdomadaire pour s'offrir le dernier Gene Vincent.

La vente est un contrat synallagmatique. L'auteur fait un effort de création, travaille dur pour affirmer son talent, investit du temps, de l'argent, avant de créer son oeuvre et de la présenter au public. En échange, celui qui veut faire entrer l'oeuvre chez lui rémunère l'artiste.

L'industriel fait la même chose et cela n'a jamais ému personne.

Le consommateur moyen ne discute pas lorsqu'il veut se chausser de la dernière paire de baskets à la mode. Il est finalement assez rare qu'il procède à une soustraction frauduleuse.

C'est l'avantage de l'objet matériel. Sa valeur est compréhensible pour un cerveau moyen. La justification de son prix se déduit aisément du travail fourni pour produire l'objet.

Or, avec l'avènement d'internet, la valeur de la création artistique n'est plus comprise par personne. Certains tartuffiques hurlent que l'oeuvre d'art est un bien commun. La source de leur ignorance vient simplement de la facilité avec laquelle on peut voler l'objet artistique, la chanson, le film et bientôt le roman.

Ces esprits, somme toute assez superficiels, doivent essuyer un petit soupir, à la vue de ces chanteurs qui crèvent dans le métro avec leur vieille guitare mal accordée, de ces peintres qui squattent et qui, entre deux petits boulots, n'ont plus le temps de travailler leurs oeuvres.

Ces esprits doivent également trouver juste de payer à prix d'or des gadgets pseudo culturels, sonneries et jingles, pets musicaux de 4 secondes, alors que le dernier film, qui a mobilisé des centaines de comédiens et techniciens du cinéma, va se vautrer après que les spectateurs l'aient tranquillement téléchargé sur un pitoupi.

Pendant ce temps, de sombres organismes vont protéger de la copie des oeuvres moyennageuses, des données publiques (les textes de la loi, les connaissances de la géographie, les arbres copyrightés de la généalogie...etc).

On vole puis on monopolise, et l'on fait payer ce qui est réellement le bien public, et cela n'émeut personne.

Il reste juste à se poser la question de savoir qui est l'auteur de ce système où l'on détruit la création artistique, le talent, et où l'on favorise l'émergence d'une société oppressante où il faudra payer pour prendre un volcan auvergnat en photo, voire même pour y jeter un coup d'oeil, alors qu'en revanche, on pourra, sans problème, piller l'atelier d'un peintre de génie.

L'auteur de ce système décadent, c'est tout le monde, c'est personne.

Mort aux artistes !

 

 

05:16 Publié dans Codiciles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : artistes, art, auteur, droit

27/03/2009

La poubelle des satellites, clef du désespoir absolu

Bien après le Big Bang, un amas de poussières stellaires a joué les profiterolles à l'envers: chaud dedans et froid dehors. Avec un peu d'eau, du soleil, de la chimie et pas de miracle, la vie est apparue, comme une fleur au milieu du désert.

La vie a évolué (un petit bonjour à Darwin, en passant) jusqu'à cet être scoliotique et autonome qui s'autonomme l'humain.

Les humains ont d'abord vécu en petits groupes entourés par la nature. Leur psychisme était structuré par l'idée d'un ailleurs accessible, voire d'une tribu voisine à massacrer.

Les migrations ont dessiné un monde humanisé, du Rift à Flores, de Douarnenez à l'Australie, de Louxor à New York City sur Hudson (un petit bonjour à Yves Simon, en passant).

Puis les groupes humains ont pris de l'ampleur, de la ville à l'état, de l'empire à la mondialisation.

Et quand l'humanité est devenue un grand troupeau, plein d'import-export, d'eurovision, de sectes polyglottes et de multinationales bien gérées, et que chaque centimètre carré de la planète a été cartographié, il n'y a plus eu qu'une seule frontière: le ciel (au sens profane s'entend, restons humbles).

A partir de là tout est allé très vite.

Une gueunon a montré la voie dans l'espace, suivie par un sympathique communiste et tout plein de cosmonautes américains bricoleurs et intépides.

Les ballades sur la Lune ou les raids en mini 4x4 sur Mars ont jeté dans nos âmes terriennes l'idée d'un nouvel ailleurs. L'espoir de voyages vers l'inconnu.

Mais c'était sans compter avec la fameuse croissance (produire ! produire !).

Sept milliards d'humains (chiffre provisoire) tous désireux de vivre à l'occidentale, c'est à dire avec boursouflure, en possédant plein de gadgets téléphoniques rigolos  (en passant si possible, d'abord, par la case alimentation et survie).

Mais certaines choses ont leur prix.

On sait déjà que pour fabriquer un téléphone, il faut des métaux précieux, qui forcément attisent la convoitise de grandes compagnies colonialophiles, elle même attirant des armées de mercenaires exquis, eux même auteurs de viols, meutres, tortures, amputations, pillages, dont les accros du portable se fichent royalement.

Mais il y a autre chose.

Pour que ces jolis petits boîtiers fonctionnent, avec leur cousins GPS, espions militaires et autres, il faut des satellites dans le ciel. Des bijoux de technologie qui s'émiettent, à la longue, en millions de petits bouts de métal pour transpercer les futures fusées des voyages interplanétaires interlignés plus haut. Un émiettement exponentiel (CQFD) qui fait de notre banlieue spatiale une poubelle qui va devenir infranchissable. Et il ne sera pas possible d'envoyer là haut des armées d'esclaves sans papiers pour nettoyer.

Mais l'humanité est insouciante. Elle va continuer à propulser sa ferraille jusque z'aux cieux. Puis elle réalisera, la bouche en coeur, qu'elle aura alors les pieds collés au sol jusqu'à la fin de l'éternité (un petit bonjour à Isaac Asimov, en passant).

Et quand elle aura bien pris conscience qu'elle coincée dans sa prison prométhéenne, dans son tombeau, livrée à elle même, avec, en plus, toute la merde qu'elle aura aussi laissé au sol, dans le sol, dans la mer, et dans ses chairs, eh bien, l'humanité, elle aura la gueule de bois.

"Allo, devine d'où je t'appelle...?"

"Ben de la Terre, crétin, d'où tu voudrais m'appeler...?"

E.T. stay home.

 

24/03/2009

L'auto-autodafé de l'écrivain glandeur

sisyphe-autoautodafé.jpgStanislas avait attendu si longtemps, courant après du vent, fuyant après sa vie. Quelques brisures d'enfance avaient laissé dans son âme des embûches et sa paresse n'avait rien arrangé. Il n'avait rien écrit. Son rêve d'écriture, son rêve d'écrivain, cachés en lui, dans l'ombre, dormaient à fleur de peau.

Puis un matin, en regardant sa montre, il a fini par s'y mettre. Il a pris sa plume rouilleuse, son beau papier jauni, et il est devenu écrivain. Oh, il n'a écrit qu'un seul manuscrit, bien court, en se calant sur l'épaisseur du "Joueur d'échecs" de Stefan ZWEIG. Mais il l'a travaillé comme le laboureur grattait le fonds pour ses enfants, et comme ses enfants l'avaient aussi gratté, candides et avides. Et là, c'était fini, son grimoire était bien rangé sur la table, en 19 copies. Une pour chaque éditeur.

Et Stanislas eut alors quelques pensées de trop.

Il avait traîné sa vie médiocre entre peur et renoncement, et rien n'allait subsister derrière lui.

Il s'apprêtait maintenant à rejoindre le troupeau des plumitifs anxieux. Il s'attendait à 19 refus, polis et calibrés, qui s'assembleraient en origami de pierre tombale, et il retournerait ensuite à son néant.

Stanislas vit son image dans le miroir verdâtre. Son vieux visage.

Il prit alors ses petites piles de papier et en garnit précautionneusement le foyer de sa cheminée marbrée. Ses yeux semblaient briller d'émotion mais la chaleur était seule en cause. Il vida l'encre violette dans l'évier, brisa sa plume et attendit sa fin. Mais le roman de sa vie était un peu plus long que le fantôme de son manuscrit. Il vécut encore vingt ans, en marmonnant et urinant sous lui.

Et Stanislas n'eut même plus assez d'esprit pour écrire son épitaphe.

06/03/2009

Les cuisses d'une archéologue, un soir à Bactres

sisyphe-archeologue.jpgLe brillant archéologue, Simon de Rozettes, plongeait régulièrement vers les épaves en Méditerranée, grattait rigoureusement des sols secs et poussiéreux et arpentait vaillamment les couloirs de musées et les caves et autres réserves de ces lieux magiques.

Mais, parfois, il déprimait aussi.

Le sac et le pillage organisé du musée de Bagdad l'avaient particulièrement affecté. Il ne supportait plus, partout sur la planète, la corruption régnant sur les chantiers de construction où les promoteurs faisaient raser au bulldozer les fragiles traces d'anciennes civilisations au seul motif que le temps c'est de l'argent et que les chercheurs sont un poison pour le profit, surtout quand au surplus les marchés publics sont plombés et qu'on arrose bien au delà du juste prix.

Mais il aimait son métier. Il ne pouvait vivre loin de ces lieux chargés d'histoire. Il était historien quand il reconstruisait le puzzle de civilisations anciennes, aventurier quand il traversait des territoires en guerre et qu'il bakchichait tous les trois kilomètres, policier quand il scrutait le moindre centimètre carré d'un périmètre de fouilles, artiste quand il dessinait les objets émiettés recueillis dans la terre rouge, enfant quand il fermait les yeux et imaginait les murs d'un temple se reconstruire autour de lui, pleins des murmures des prêtres ou des cris des soldats en tunique et sandales.

Un soir pourtant, il cessa d'être archéologue.

La nuit tombait lentement près de Mazar i Charif, à la lueur de quelques projecteurs les archéologues et leurs stagiaires se contorsionnaient pour creuser, gratter et user du pinceau sur le sol de ces fouilles bactriennes.

Bactres avait été le berceau d'un civilisation mélangée de Grèce antique et de Bouddhisme. La ville de Roxane, celle de Tamerlan, avec, entre ces deux personnages légendaires, le massacre sanguinaire de toute la population par un Gengis Khan qui ne pouvait forcément avoir lu Voltaire.

Mais ce soir, Simon découvrait combien sa stagiaire, Annabelle, avait de belle jambes, malgré la poussière et la boue qui les recouvraient . Elle portait un short trop court pour ce pays si prude, mais il faisait trop chaud.

Annabelle se tournait dans différentes positions afin de fouiller le sol, assise, à genoux, cambrée, courbée, jambes serrées ou écartées, et ses bras nus et bronzés, fins et délicats sur cette roche rugueuse et grossière...

Annabelle prenait un air attentif et candide face à son labeur. Ses maladresses de débutante étaient un spectacle tout à la fois fascinant et émouvant.

Il y avait plus de sensualité dans ces poses involontaires que dans la danse calibrée de la plus belle Dita Page du monde.

Simon se prit quelques minutes pour Alexandre le Grand.

Son coeur battait trop fort. Il rêvait d'enlever cette belle nymphe, cette muse, cette déesse.

Il l'invita quelques semaines plus tard à dîner, dans un restaurant parisien.

Il avait toujours croisé la destinée de peuples anciens, oubliés de leurs descendants.

Il croisait ce soir là sa propre destinée.

08/02/2009

Peki, entre deux rives

Nous étions des siècles avant que le petit allemand rouquin ne vienne narguer les forces de police sur le pavé parisien. Des siècles ou simplement quelques courtes années.

Mes nuits d'insomnie me réduisaient à hanter ce troquet sans âge de la place Saint-Pierre, ce lieu baigné par la lumière blafarde des néons, ce lieu bercé de mille conversations secrètes ou bruyantes... Ce lieu de vie, cet oasis nocturne brillant au sein d'un océan d'immeubles endormis.

Je fis un soir la connaissance d'une jeune femme, amie d'un ami. Ils étaient tout un groupe de fêtards égarés à la sortie d'un restaurant, les yeux humides et les conversations flottantes.

Elle était danseuse dans un cabaret, où les habitués l'applaudissaient sous le surnom de Peggy ou Péki. Je n'ai jamais bien su. Née quelque part du côté de la Chine, elle avait ce charme mystérieux de l'Orient. De l'Orient ou d'un autre lieu. Ses propos passaient régulièrement de l'anecdote précise à l'envolée incongrue voire incompréhensible.

L'intelligence de cette femme su séduire mon esprit habituellement rongé par l'ennui.

Ces quelques heures à parler me permirent de m'évader.

Avant de me quitter, Peggy me murmura à l'oreille, d'une voix grave et légère: "Je quitterai bientôt le monde des hommes".

Ce n'était pas les mots d'une personne qui veut mourir, mais chacun porte en lui la pierre qu'il voudrait jeter dans la Seine, au bout d'une triste corde.

Quelques décennies plus tard, je compris que Peggy n'avait pas eu l'intention de mourir.

Son voyage était tout autre.

Elle avait un jour franchi la rive en se riant du regard des autres.

Elle n'était jamais partie.

18/01/2009

Se battre avant la guerre

Il regardait depuis près de deux heures ce grand film en noir et blanc (à une robe rouge fillette près), quand il vit les enfants sortir des blocks, étoile à la poitrine et chantant avec candeur.

Il cessa de regarder le film.

Il avait traversé la nuit et le brouillard quelques trente ans plus tôt.

Mais il pressentait que, désormais, les pulsions de mort avait gagné les coeurs de nombre de ses concitoyens, oublieux du passé, oublieux de l'histoire, oublieux du futur et de leur enfants.

Les "plus jamais ça" s'étaient succédés dans l'histoire du monde sans que l'humanité ne songe à devenir, un jour, assez forte pour résister à la barbarie.

La civilisation est un ordre fragile.

L'apocalypse des âmes est latente.

Il se dit alors que les politiciens et les magistrats impassibles devant l'effacement de la justice et de l'équité, aveugles devant les dangers de retour des bêtes immondes, devant la violence et la haine entre les communautés, il se dit que ces décideurs ne décidaient plus rien, traînés dans le sillage des gens à cigares ou à fusil, il se dit que le monde allait être livré à un ordre naissant sur le désordre d'une civilisation corrompue et perdue.

Il se dit que cette fois il pourrait ne plus y avoir de sauveur face aux armées d'exécuteurs et au nuées de fossoyeurs.

Restait-il un espoir que l'on se batte pour sauver le monde d'une dernière apocalypse...?

Il n'en savait plus rien.

Les derniers Schindler feront ce qu'ils pourront, mais ils sauront qu'il arrivent trop tard et qu'il ne peuvent plus faire le travail de courage que d'autres auraient dû faire avant eux, quand la paix était encore là, quand la liberté subsistait, quand la justice respirait encore.

Le monde ne sera sauvé que si l'on se bat pour lui avant les batailles, avant le bruit de la mitraille, que si l'on se bat avec la démocratie et la loi, avant que les corrupteurs n'aient métamorphosé leurs obligés en porteurs de bottes à clous.

Il restait nécessairement un espoir.

Mais il fallait faire vite.

26/03/2017

Un Irlandais sur le sol orangé, on ne le verra jamais

Sisyphe - Irlande.jpgA vaincre avec péril, on peut aussi triompher sans gloire. C'est ce que vient de vivre une pauvre équipe de France de football, malmenée par des Irlandais courageux et doués. On peut rire (jaune) de cette main balladeuse caressant un ballon sortant pour le remettre aux pieds juste à temps pour une passe décisive. On peut aussi relever dans cet exploit frauduleux, une symbolique de notre monde.

Dans le cadre d'un match avec un enjeu aussi lourd, à savoir la qualification d'une équipe nationale pour la phase finale d'une coupe du Monde, avec tout le cortège des sentiments nationaux, patriotiques, populaires et du chauvinisme naturel de l'homme, les enjeux économiques, voire politiques, le joueur a sur les épaules une terrible pression. Soit ça passe et le peuple a le coeur léger, soit ça casse et la morosité croit, le marché publicitaire télévisuel chute dans l'hexagone en 2010, et l'on se sent un peu moins fort, entre Dunkerque et Perpignan.

Imaginons un seul instant que ce grand joueur qu'est Thierry soit allé spontanément dire à l'arbitre qu'il avait effectivement commis une faute, il avait à supporter seul l'élimination française. Son honnêté n'aurait jamais été pardonnée par ses compatriotes. Elle aurait été qualifiée de bêtise incommensurable. Autant le coup de tête de 2006 était excusé, sinon excusable, autant un aveu de faute devenait un crime de haute trahison, et le joueur avoueur devenait une sorte de balance aux yeux de tous.

Le fair play n'est qu'une illusion, le sentiment commun ne l'admet pas.

Dans un monde calculateur, commercialisé, ghettophile, il est important de conserver l'esprit d'entreprise, l'esprit de corps et la soumission au groupe.

Le joueur n'a donc pas à rougir de son silence. C'était la règle non écrite de ce jeu de non-dit.

Et que dire de l'arbitre qui a croisé, quelques secondes, le regard du fautif, et qui brûlait sans doute de lui poser la question: "alors, tu l'a touché avec la main ce ballon...?" mais qui ne chercha pas plus loin la vérité. On ne l'imagine pas sans tourments. Allait-il clouer Thierry Henry au pilori, en faire un donneur...? Non, il ne fit rien et ordonna la remise en jeu avec balle au centre.

Une sorte de raison d'État supranationale. La même qui conduira un jour à classer sans suite des affaires (forcément signalées) qui autrefois aboutissaient grâce à des juges indépendants.

Comment qualifier un monde où nous apprenons à vivre l'injustice (1982), à la supporter et à la faire supporter aux autres (2009)...?

L'équipe de l'Eire n'ira pas fouler le sol de l'ex État Libre d'Orange.

Bonne chance aux Bleus et à Thierry pour la suite de la compétition.

Mais hommage aux Irlandais pour la soirée d'hier.

Éireann go Brách

 
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