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19/07/2009

Des camps d'entraînement aux portes de Paris, pour les futurs Parisiens

sisyphe-parisiennes.jpgLa Haute Autorité des Moeurs Parisiennes (HAMP) a créé et installé, dans la plus grande discrétion, plusieurs camps d'entraînement, aux portes de Paris. Ils ont pour vocation à former les futurs Parisiens, nouveaux arrivants, à l'Esprit et aux coutumes de la capitale.

Des formateurs de haut calibre y dispensent une semaine de formation obligatoire pour toute personne qui vient s'installer intra muros à titre définitif.

Le premier jour est destiné à rééduquer le regard. Les élèves apprennent progressivement à éviter totalement le regard des autres. Le mépris et l'indifférence permettent ainsi d'accroître le sentiment d'être supérieur, seul au monde et top-cocoon, à l'instar des vaches laitières qui se contentent de brouter leur maïs transgénique en gardant leurs gros yeux globuleux dans le vague de leur étable. Seuls les individus atteints du syndrome d'abandon, du talent de portraitiste ou de l'art millénaire de l'extorsion, se permettront encore de fixer leurs concitoyens dans le blanc des yeux. Les autres traverseront la ville en regardant tout ce qui n'est pas humain et rentreront le soir chez eux sans avoir imprégné sur leur rétine un quelconque visage, en dehors, le soir à la télévision, de ceux des intellos de l'émission "Secret Story".

Le deuxième jour est presque entièrement consacré à l'apprentissage de l'audition. Les élèves apprennent à vivre avec des casques audio pour user leurs tympans sur leurs musiques préférées (de Britney Spears à Bartok, en passant par Miley Cyrus et Django Reinhardt). Ils éviteront ainsi d'entendre le cadre supérieur qui partage leur espace de trottoir beugler sur son mobile qu'il a tout compris de la crise et qu'il va pouvoir dénoncer certains collègues au DRH afin de licencier plus pour augmenter les stocks options de son patron notateur. Ils éviteront surtout d'entendre la jeune-fille au fond du wagon se faire violer ou le SDF gesticuler dans les eaux froides de la Seine en criant désespérément à l'aide dans une langue exotique. La musique adoucit les moeurs et évite parfois de perdre son temps.

A l'aube du troisième jour, le candidat Parigot se penche sur l'épineuse question de la politesse. Il apprend en premier lieu à gagner du temps en évitant de prononcer des formules creuses du type "S'il vous plaît", "merci" ou "bonjour". Ne délivrer aucune marque de politesse permet d'être respecté, d'éviter de passer pour un gentil, un couillon, un Schpountz ou un vulgaire benêt. Il faut adopter un phrasé court et sec et user d'une intonation méprisante et suffisante. Cela suffit pour les quelques échanges verbaux malheureusement encore nécessaires, en l'état actuel du développement de la robotique. De même, les futurs piétons doivent apprendre à se jeter en masse devant les voitures qui voulaient passer au vert, après un quart d'heure de feu rouge, et les entrants du métro doivent connaître le système du forcing et des coups d'épaules pour entrer dans la rame, d'où tentent vainement de s'échapper ceux qui espéraient sortir à cette station. Les futurs barmans, et les futures vendeuses et serveuses apprendront vite à user d'arrogance à l'égard de leurs clients pour leur faire comprendre qu'ils sont de trop dans leur établissement inscrit au KBIS, ou à user de la plus totale indifférence pour leur faire assimiler qu'ils ne sont rien, qu'ils n'existent pas. Un cours facultatif permet d'apprendre à faire la gueule tous les matins dans le métro et à tenir à pleine main la barre métallique couverte de bactéries pour disséminer ensuite celles-ci en d'autres lieux de la capitale.

Nous pourrions ainsi raconter les autres journées de cette semaine initiatique intensive et obligatoire, mais il est bon que l'aspirant parisien découvre tout ça par lui-même, avec ce coeur battant qui bientôt se refroidira en silence.

J'ai moi même suivi cette semaine de formation, mais comme je suis divorcé de l'école depuis mon plus jeune âge, je n'ai pas appris grand chose. Je me contente de me promener dans Paris en regardant les gens, en écoutant le chant des oiseaux, en disant "bonjour" et "merci" quand les occasions se présentent. Et finalement, je les aime bien ces Parisiens, ces bons élèves... Leur comportement donne sans doute à Paris une parcelle de son charme. Et j'imagine qu'en 1959, alors que j'étais encore au fin fond de ma province, les rues parisiennes, de Ménilmontant à Saint-Germain et de Javel à Tolbiac, laissaient déjà glisser des flots d'élégants malotrus et de ravissantes pimbèches.

Paris sera forcément toujours Paris.

Et je vous remercie pour votre attention.

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Source photo: Dessin du grand Kiraz (http://kiraz-artworks.com/)

 

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