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29/05/2009

La tragédie du premier écrivain écologiste

sisyphe-crayons.JPGFrédéric Laplume découvrit un matin qu'il avait la fibre écologiste. En se levant de son lit high-tech, il observa le ciel, chargé de méthane, flotter au dessus du Havre, et se dit qu'il fallait agir vite.

Il réalisa, avec grande honte, qu'il utilisait, depuis de nombreuses années, des stylos billes pour remplir ses pages de manuscrits de sa brillante prose.

Du plastique et des résidus d'encre chimique qui finissaient dans la nature ou dans des fumées céhodeusées.

Il décida alors d'adopter le crayon à papier.

Et il remplaça le papier blanc velin, tout neuf, par tout ce qui lui tombait sous la main en guise de matériau de récupération, à savoir, pour l'essentiel, de hideux dépliants publicitaires. Il fallait alors écrire sur les zones claires et unies de la paperasse marketing. A la saison du blanc, Frédéric profitait alors des larges draps et des épaisses serviettes pastels pour dynamiser son récit et tirer à la ligne.

L'angoisse de la page blanche disparaissait forcément entre les photos de yaourts et de soutiens-gorges balconnants.

Néanmoins, ce futur Prix Goncourt, à l'habit déjà vert, prit conscience des méfaits du crayon: coupe de bois précieux pour produire du HB et taillages de crayons gaspillant cette noble matière première.

Il opta pour le porte-mine avant de réaliser, cette fois, que les mines de rechange étaient conditionnées dans de petites boîtes plastique. Il revint alors illico vers le crayon en apprenant par ailleurs que le bois provenait des forêts abattues lors de la 83ème tempête de l'année ("C'est sans danger", dirait Claude Allègre).

Frédéric comprit également que le bois taillé pouvait devenir sciure, pour absorber, par exemple, les restes des rave parties dans les champs de betteraves.

Après ces différents ajustements approuvés par tous les Cohn-Bendit de la Terre, Frédéric Laplume rédigea son chef d'oeuvre, sur un volume de papier constitué à 37,5 % par des brochures d'hypermarchés.

Il s'agissait d'un roman à la gloire de Gaïa, New-Age Tendre et tête de bois.

Il posa le précieux manuscrit sur son bureau et alla chercher son épouse pour lui présenter la merveille. Il revint avec elle, quelques minutes plus tard, pour découvrir la tragédie.

Ses deux enfants, encore dénués de toute conscience, avaient soigneusement gommé toute trace d'écriture sur le manuscrit. Il ne restait plus que les photos des cafetières, des chaussettes et la mention des prix cassés.

La carrière de Frédéric était donc terminée, mais il restait néanmoins quelque chose de positif: les enfants avaient utilisé chacun une gomme bio, 100% recyclée.

La planète était sauvée.

21/05/2009

Mort aux artistes !

Murillo.jpgIl fut un temps, pas si lointain, où les artistes étaient respectés.

Le peintre pouvait fort bien n'intéresser personne de son vivant, puis grandir en traversant le Styx, mais lorsqu'on voulait accrocher l'une de ses toiles sur les murs de son loft, on l'achetait.

L'amateur de rock'n roll économisait sur sa paie hebdomadaire pour s'offrir le dernier Gene Vincent.

La vente est un contrat synallagmatique. L'auteur fait un effort de création, travaille dur pour affirmer son talent, investit du temps, de l'argent, avant de créer son oeuvre et de la présenter au public. En échange, celui qui veut faire entrer l'oeuvre chez lui rémunère l'artiste.

L'industriel fait la même chose et cela n'a jamais ému personne.

Le consommateur moyen ne discute pas lorsqu'il veut se chausser de la dernière paire de baskets à la mode. Il est finalement assez rare qu'il procède à une soustraction frauduleuse.

C'est l'avantage de l'objet matériel. Sa valeur est compréhensible pour un cerveau moyen. La justification de son prix se déduit aisément du travail fourni pour produire l'objet.

Or, avec l'avènement d'internet, la valeur de la création artistique n'est plus comprise par personne. Certains tartuffiques hurlent que l'oeuvre d'art est un bien commun. La source de leur ignorance vient simplement de la facilité avec laquelle on peut voler l'objet artistique, la chanson, le film et bientôt le roman.

Ces esprits, somme toute assez superficiels, doivent essuyer un petit soupir, à la vue de ces chanteurs qui crèvent dans le métro avec leur vieille guitare mal accordée, de ces peintres qui squattent et qui, entre deux petits boulots, n'ont plus le temps de travailler leurs oeuvres.

Ces esprits doivent également trouver juste de payer à prix d'or des gadgets pseudo culturels, sonneries et jingles, pets musicaux de 4 secondes, alors que le dernier film, qui a mobilisé des centaines de comédiens et techniciens du cinéma, va se vautrer après que les spectateurs l'aient tranquillement téléchargé sur un pitoupi.

Pendant ce temps, de sombres organismes vont protéger de la copie des oeuvres moyennageuses, des données publiques (les textes de la loi, les connaissances de la géographie, les arbres copyrightés de la généalogie...etc).

On vole puis on monopolise, et l'on fait payer ce qui est réellement le bien public, et cela n'émeut personne.

Il reste juste à se poser la question de savoir qui est l'auteur de ce système où l'on détruit la création artistique, le talent, et où l'on favorise l'émergence d'une société oppressante où il faudra payer pour prendre un volcan auvergnat en photo, voire même pour y jeter un coup d'oeil, alors qu'en revanche, on pourra, sans problème, piller l'atelier d'un peintre de génie.

L'auteur de ce système décadent, c'est tout le monde, c'est personne.

Mort aux artistes !

 

 

05:16 Publié dans Codiciles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : artistes, art, auteur, droit

11/05/2009

Maggie Cheung, icône des temps futurs

sisyphe-maggie-cheung3.jpgLa huitième guerre mondiale venait de se terminer après trois jours. Il faut dire qu'il ne restait sur Terre, au jour de la déclaration de cette WW8, qu'une centaine d'êtres humains. Les autres avaient péri de mille morts joyeuses, après les multiples "der des der", les épidémies "ne donnant pas d'inquiétude", les cataclysmes "pas imputables à l'homme", les guerres civiles entres communautés plus fières les unes que les autres.

La bataille fut brève et paresseuse, sans conviction, de quoi faire beaucoup de peine aux galonnés de 14 s'ils avaient vu ça, depuis leur eden des officiers.

Il se trouve que Rodrigo faisait partie du dernier carré d'homo sapiens, errant dans la poussière radioactive, courbé par sa solitude et par son cancer.

Il mangeait ce qu'il trouvait, mais il ne trouvait plus grand chose. Entre pourriture et moisissures, les scorpions et les fourmis dominaient la planète bleue-marron.

Mais en ce 8 juillet 2046 après midi, Rodrigo poussa la porte d'un vieux cinéma en ruines épaisses. La salle avaient échappé aux tirs de roquettes et aux pillages successifs du dernier quart de siècle. Même le projecteur semblait sorti d'usine, rutilant, offert à la passion cinéphilique. Or, notre survivant devait être le dernier amateur de 7ème art. Les autres devaient être des zombies fanatiques de télévision, d'émission lobotomisantes, de séries roboratives.

Il restait une boîte sur l'étagère du projectionniste. Instinctivement, Rodrigo plaça le précieux trésor sur la machine, et toucha quelques boutons et manettes. Et le dernier miracle de l'histoire de l'humanité se produisit. Un groupe électrogène fonctionnel prêtait son solde d'énergie pour un ultime visionnage.

Le titre du film était "In the mood for love".

Malgré ses épouvantables douleurs au ventre, Rodrigo était fasciné par cette histoire lente et universelle des destins amoureux qui se croisent et se décroisent.

Au tiers du film, il suivait avec tendresse la démarche de l'héroïne, interprétée par une certaine Maggie Cheung, vers un sous-sol, sur l'air de Yumeji. Affamé, il rêvait de manger lui aussi cette bonne soupe chinoise, avec cette belle femme, sans un mot, avec un peu de poussière d'âme en guise d'échange, de regards, furtifs et rassasiés.

Mais la bobine brûla et Rodrigo ne vit jamais la fin du film.

Il mourut quelques semaines plus tard, sous un pont d'autoroute, dans une agonie qu'il ne passa néanmoins pas tout seul.

Il descendit l'escalier avec Maggie.

Pour l'éternité.

 
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