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27/03/2009

La poubelle des satellites, clef du désespoir absolu

Bien après le Big Bang, un amas de poussières stellaires a joué les profiterolles à l'envers: chaud dedans et froid dehors. Avec un peu d'eau, du soleil, de la chimie et pas de miracle, la vie est apparue, comme une fleur au milieu du désert.

La vie a évolué (un petit bonjour à Darwin, en passant) jusqu'à cet être scoliotique et autonome qui s'autonomme l'humain.

Les humains ont d'abord vécu en petits groupes entourés par la nature. Leur psychisme était structuré par l'idée d'un ailleurs accessible, voire d'une tribu voisine à massacrer.

Les migrations ont dessiné un monde humanisé, du Rift à Flores, de Douarnenez à l'Australie, de Louxor à New York City sur Hudson (un petit bonjour à Yves Simon, en passant).

Puis les groupes humains ont pris de l'ampleur, de la ville à l'état, de l'empire à la mondialisation.

Et quand l'humanité est devenue un grand troupeau, plein d'import-export, d'eurovision, de sectes polyglottes et de multinationales bien gérées, et que chaque centimètre carré de la planète a été cartographié, il n'y a plus eu qu'une seule frontière: le ciel (au sens profane s'entend, restons humbles).

A partir de là tout est allé très vite.

Une gueunon a montré la voie dans l'espace, suivie par un sympathique communiste et tout plein de cosmonautes américains bricoleurs et intépides.

Les ballades sur la Lune ou les raids en mini 4x4 sur Mars ont jeté dans nos âmes terriennes l'idée d'un nouvel ailleurs. L'espoir de voyages vers l'inconnu.

Mais c'était sans compter avec la fameuse croissance (produire ! produire !).

Sept milliards d'humains (chiffre provisoire) tous désireux de vivre à l'occidentale, c'est à dire avec boursouflure, en possédant plein de gadgets téléphoniques rigolos  (en passant si possible, d'abord, par la case alimentation et survie).

Mais certaines choses ont leur prix.

On sait déjà que pour fabriquer un téléphone, il faut des métaux précieux, qui forcément attisent la convoitise de grandes compagnies colonialophiles, elle même attirant des armées de mercenaires exquis, eux même auteurs de viols, meutres, tortures, amputations, pillages, dont les accros du portable se fichent royalement.

Mais il y a autre chose.

Pour que ces jolis petits boîtiers fonctionnent, avec leur cousins GPS, espions militaires et autres, il faut des satellites dans le ciel. Des bijoux de technologie qui s'émiettent, à la longue, en millions de petits bouts de métal pour transpercer les futures fusées des voyages interplanétaires interlignés plus haut. Un émiettement exponentiel (CQFD) qui fait de notre banlieue spatiale une poubelle qui va devenir infranchissable. Et il ne sera pas possible d'envoyer là haut des armées d'esclaves sans papiers pour nettoyer.

Mais l'humanité est insouciante. Elle va continuer à propulser sa ferraille jusque z'aux cieux. Puis elle réalisera, la bouche en coeur, qu'elle aura alors les pieds collés au sol jusqu'à la fin de l'éternité (un petit bonjour à Isaac Asimov, en passant).

Et quand elle aura bien pris conscience qu'elle coincée dans sa prison prométhéenne, dans son tombeau, livrée à elle même, avec, en plus, toute la merde qu'elle aura aussi laissé au sol, dans le sol, dans la mer, et dans ses chairs, eh bien, l'humanité, elle aura la gueule de bois.

"Allo, devine d'où je t'appelle...?"

"Ben de la Terre, crétin, d'où tu voudrais m'appeler...?"

E.T. stay home.

 

24/03/2009

L'auto-autodafé de l'écrivain glandeur

sisyphe-autoautodafé.jpgStanislas avait attendu si longtemps, courant après du vent, fuyant après sa vie. Quelques brisures d'enfance avaient laissé dans son âme des embûches et sa paresse n'avait rien arrangé. Il n'avait rien écrit. Son rêve d'écriture, son rêve d'écrivain, cachés en lui, dans l'ombre, dormaient à fleur de peau.

Puis un matin, en regardant sa montre, il a fini par s'y mettre. Il a pris sa plume rouilleuse, son beau papier jauni, et il est devenu écrivain. Oh, il n'a écrit qu'un seul manuscrit, bien court, en se calant sur l'épaisseur du "Joueur d'échecs" de Stefan ZWEIG. Mais il l'a travaillé comme le laboureur grattait le fonds pour ses enfants, et comme ses enfants l'avaient aussi gratté, candides et avides. Et là, c'était fini, son grimoire était bien rangé sur la table, en 19 copies. Une pour chaque éditeur.

Et Stanislas eut alors quelques pensées de trop.

Il avait traîné sa vie médiocre entre peur et renoncement, et rien n'allait subsister derrière lui.

Il s'apprêtait maintenant à rejoindre le troupeau des plumitifs anxieux. Il s'attendait à 19 refus, polis et calibrés, qui s'assembleraient en origami de pierre tombale, et il retournerait ensuite à son néant.

Stanislas vit son image dans le miroir verdâtre. Son vieux visage.

Il prit alors ses petites piles de papier et en garnit précautionneusement le foyer de sa cheminée marbrée. Ses yeux semblaient briller d'émotion mais la chaleur était seule en cause. Il vida l'encre violette dans l'évier, brisa sa plume et attendit sa fin. Mais le roman de sa vie était un peu plus long que le fantôme de son manuscrit. Il vécut encore vingt ans, en marmonnant et urinant sous lui.

Et Stanislas n'eut même plus assez d'esprit pour écrire son épitaphe.

06/03/2009

Les cuisses d'une archéologue, un soir à Bactres

sisyphe-archeologue.jpgLe brillant archéologue, Simon de Rozettes, plongeait régulièrement vers les épaves en Méditerranée, grattait rigoureusement des sols secs et poussiéreux et arpentait vaillamment les couloirs de musées et les caves et autres réserves de ces lieux magiques.

Mais, parfois, il déprimait aussi.

Le sac et le pillage organisé du musée de Bagdad l'avaient particulièrement affecté. Il ne supportait plus, partout sur la planète, la corruption régnant sur les chantiers de construction où les promoteurs faisaient raser au bulldozer les fragiles traces d'anciennes civilisations au seul motif que le temps c'est de l'argent et que les chercheurs sont un poison pour le profit, surtout quand au surplus les marchés publics sont plombés et qu'on arrose bien au delà du juste prix.

Mais il aimait son métier. Il ne pouvait vivre loin de ces lieux chargés d'histoire. Il était historien quand il reconstruisait le puzzle de civilisations anciennes, aventurier quand il traversait des territoires en guerre et qu'il bakchichait tous les trois kilomètres, policier quand il scrutait le moindre centimètre carré d'un périmètre de fouilles, artiste quand il dessinait les objets émiettés recueillis dans la terre rouge, enfant quand il fermait les yeux et imaginait les murs d'un temple se reconstruire autour de lui, pleins des murmures des prêtres ou des cris des soldats en tunique et sandales.

Un soir pourtant, il cessa d'être archéologue.

La nuit tombait lentement près de Mazar i Charif, à la lueur de quelques projecteurs les archéologues et leurs stagiaires se contorsionnaient pour creuser, gratter et user du pinceau sur le sol de ces fouilles bactriennes.

Bactres avait été le berceau d'un civilisation mélangée de Grèce antique et de Bouddhisme. La ville de Roxane, celle de Tamerlan, avec, entre ces deux personnages légendaires, le massacre sanguinaire de toute la population par un Gengis Khan qui ne pouvait forcément avoir lu Voltaire.

Mais ce soir, Simon découvrait combien sa stagiaire, Annabelle, avait de belle jambes, malgré la poussière et la boue qui les recouvraient . Elle portait un short trop court pour ce pays si prude, mais il faisait trop chaud.

Annabelle se tournait dans différentes positions afin de fouiller le sol, assise, à genoux, cambrée, courbée, jambes serrées ou écartées, et ses bras nus et bronzés, fins et délicats sur cette roche rugueuse et grossière...

Annabelle prenait un air attentif et candide face à son labeur. Ses maladresses de débutante étaient un spectacle tout à la fois fascinant et émouvant.

Il y avait plus de sensualité dans ces poses involontaires que dans la danse calibrée de la plus belle Dita Page du monde.

Simon se prit quelques minutes pour Alexandre le Grand.

Son coeur battait trop fort. Il rêvait d'enlever cette belle nymphe, cette muse, cette déesse.

Il l'invita quelques semaines plus tard à dîner, dans un restaurant parisien.

Il avait toujours croisé la destinée de peuples anciens, oubliés de leurs descendants.

Il croisait ce soir là sa propre destinée.

 
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