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06/03/2009

Les cuisses d'une archéologue, un soir à Bactres

sisyphe-archeologue.jpgLe brillant archéologue, Simon de Rozettes, plongeait régulièrement vers les épaves en Méditerranée, grattait rigoureusement des sols secs et poussiéreux et arpentait vaillamment les couloirs de musées et les caves et autres réserves de ces lieux magiques.

Mais, parfois, il déprimait aussi.

Le sac et le pillage organisé du musée de Bagdad l'avaient particulièrement affecté. Il ne supportait plus, partout sur la planète, la corruption régnant sur les chantiers de construction où les promoteurs faisaient raser au bulldozer les fragiles traces d'anciennes civilisations au seul motif que le temps c'est de l'argent et que les chercheurs sont un poison pour le profit, surtout quand au surplus les marchés publics sont plombés et qu'on arrose bien au delà du juste prix.

Mais il aimait son métier. Il ne pouvait vivre loin de ces lieux chargés d'histoire. Il était historien quand il reconstruisait le puzzle de civilisations anciennes, aventurier quand il traversait des territoires en guerre et qu'il bakchichait tous les trois kilomètres, policier quand il scrutait le moindre centimètre carré d'un périmètre de fouilles, artiste quand il dessinait les objets émiettés recueillis dans la terre rouge, enfant quand il fermait les yeux et imaginait les murs d'un temple se reconstruire autour de lui, pleins des murmures des prêtres ou des cris des soldats en tunique et sandales.

Un soir pourtant, il cessa d'être archéologue.

La nuit tombait lentement près de Mazar i Charif, à la lueur de quelques projecteurs les archéologues et leurs stagiaires se contorsionnaient pour creuser, gratter et user du pinceau sur le sol de ces fouilles bactriennes.

Bactres avait été le berceau d'un civilisation mélangée de Grèce antique et de Bouddhisme. La ville de Roxane, celle de Tamerlan, avec, entre ces deux personnages légendaires, le massacre sanguinaire de toute la population par un Gengis Khan qui ne pouvait forcément avoir lu Voltaire.

Mais ce soir, Simon découvrait combien sa stagiaire, Annabelle, avait de belle jambes, malgré la poussière et la boue qui les recouvraient . Elle portait un short trop court pour ce pays si prude, mais il faisait trop chaud.

Annabelle se tournait dans différentes positions afin de fouiller le sol, assise, à genoux, cambrée, courbée, jambes serrées ou écartées, et ses bras nus et bronzés, fins et délicats sur cette roche rugueuse et grossière...

Annabelle prenait un air attentif et candide face à son labeur. Ses maladresses de débutante étaient un spectacle tout à la fois fascinant et émouvant.

Il y avait plus de sensualité dans ces poses involontaires que dans la danse calibrée de la plus belle Dita Page du monde.

Simon se prit quelques minutes pour Alexandre le Grand.

Son coeur battait trop fort. Il rêvait d'enlever cette belle nymphe, cette muse, cette déesse.

Il l'invita quelques semaines plus tard à dîner, dans un restaurant parisien.

Il avait toujours croisé la destinée de peuples anciens, oubliés de leurs descendants.

Il croisait ce soir là sa propre destinée.

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